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Le projet Hôdo
L’art de la synergie selon Hôdo

Synergie de Hôdo Clés pour réussir la synergie dans l’esprit de Hôdo:

Comment espérer qu’un jour l’Homme que nous portons tous en nous
puisse se dégager de l’animal que nous portons également si jamais on ne lui dit comment fonctionne cette admirable mécanique que représente son système nerveux? Comment espérer voir disparaître l’agressivité destructrice, la haine, la violence et la guerre?

N’est-il pas indispensable de lui montrer combien aux yeux de la science peuvent paraître mesquins et ridicules les sentiments qu’on lui a appris à considérer souvent comme les plus nobles sans lui dire que c’est seulement parce qu’ils sont les plus utiles à la conservation des groupes et des classes sociales, alors que l’imagination créatrice, propriété fondamentale et caractéristique de son cerveau, n’est le plus souvent, c’est le moins qu’on puisse dire, absolument pas exigée pour faire un honnête homme et un bon citoyen.

Henri Laborit (1914-1995), L’agressivité détournée, p. 8 (ISBN 2-264-00370-7)

Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change.

Dernière phrase dite par H. Laborit dans le film Mon oncle d’Amérique *.

Table des matières

  1. Au préalable
  2. La source des conflits
  3. Le choix du hasard en absence de consensus
  4. La cellule sociale idéale pour débuter
  5. Les limites du réseau social
  6. Les grands domaines
  7. Pour une Organisation des Peuples Unis?

Au préalable

Même si le refuge individuel est indispensable, selon la deuxième loi de Hôdo, nous ne pouvons pas survivre en solitaire. Nous dépendons des autres pour obtenir au moins de quoi rester en vie. Donc nous devons aller au contact d’autres humains qui pourront apporter des éléments indispensables à la survie. Cela ne se fera pas spontanément, et il faudra toujours négocier.

Si l’on veut que ce négoce soit favorable dans la durée, il faut trouver des solutions gagnant-gagnant. Dans la quasi-totalité des situations, cela imposera une perte plus ou moins importante pour chacun. Comprendre l’autre sera indispensable pour évaluer le prix et la compensation de cette perte afin d'œuvrer en synergie. Pour y arriver, il faudra être à l’écoute sans préjugé.

Sans préjugé? Chaque humain ne connaît qu’une seule vérité, celle qui est enfuie dans sa boîte crânienne. Il doit humblement reconnaître que ce n’est qu’une parcelle de la Vérité qui détermine l’existence de l’Univers dans lequel nous évoluons. Et encore, cette parcelle est elle-même en grande partie l’accumulation d’autres vérités, supposées telles, récoltées tout au long de sa vie. Enseignement ou conclusion de ses observations? Qu’importe, même s’il n’y a pas d’erreurs, ce ne seront que des petites étincelles, des petites lucioles dans la nuit dans la majorité des cas.

Les chercheurs scientifiques savent à quel point il est difficile de trouver une étoile qui pourra servir de phare pour le voyageur. C'est pourquoi, la première loi de Hôdo rappelle qu’il faut respecter la vérité de chacun qui a été élaborée en toute bonne foi sur des parcelles gravées dès sa naissance. C’est le point de départ pour atteindre un consensus.

Mais comme on peut s’en rendre compte, jongler entre deux intelligences peut ne pas être instantané. Alors, que faire s’il y a urgence? C’est comme dans le cas souvent cité en exemple. Vous vous trouvez au milieu d’un pont qui est en train de s’effondrer des deux côtés à la fois. Vous n’avez pas le temps de tergiverser, il faut foncer.

Vers où? Là où votre intuition vous guidera, ou encore selon que la pièce tombera sur pile ou face. Car il vaut mieux une chance sur deux de s’en tirer que cent pour cent de chances d’y rester. Évidemment, chacun peut choisir son côté.

La source des conflits

Dès qu’il y a exploitation de ressources non partageables, il y a conflit.

Qu’entend-on par «ressources»? Il peut s’agir d’un bien matériel tangible et localisé, ou d’une notion abstraite et diffuse. Cela peut être les aliments, l’air, les outils et tout autre un objet destiné à un confort quelconque, l’espace à habiter avec leurs différentes sphères d’intimité et d’échanges, ou les connaissances octroyant plus de liberté, de pouvoir, de domination… Les «ressources» sont tout ce qui nous permet de vivre et prospérer. Dès l’instant où l’humain évalue qu’il est ou risque d’être lésé d’une manière ou d’une autre, il y a des réactions soit pour récupérer ce qu’il juge lui être dû soit pour protéger ce qu’il estime être de sa propriété. Autrement dit, presque tout est source de conflits.

Lors d’un conflit, il n’y a en général que quatre attitudes possibles l’agression, la fuite, la tétanisation et la soumission. Mais l’humain est aussi une ressource pour l’humain et la faire fuir est une perte éventuelle, la mort étant évidemment la perte ultime. Il s’ensuit que l’agresseur «adoucira» son attitude pour conserver et exploiter le «capital humain» soumis. Pour ça, souvent, il préférera la discrète manipulation, ne serait-ce que pour éviter une revanche qui peut se retourner en son désavantage. Ainsi, devenu «Dominant», il pourra développer une attitude «charitable» qui n’a en fait d’autre but que celui de maintenir son propre idéal, sa bonne conscience.

Ce comportement altruiste, reproduit à toutes les échelles, même s’il est inconsciemment «hypocrite», est pourtant probablement le plus rentable pour tout le monde. Mais, du point de vue hôdon, la prise de conscience et la maîtrise de cette attitude permet de mieux réaliser les deux premières lois de Hôdo, car chacun voit évidemment midi à sa porte et les émotions, les ressentis, les compréhensions, les vécus sont enfermés dans la boîte crânienne de chacun. C’est pourquoi la troisième loi fondamentale de Hôdo préconise le consensus ou le hasard, car elle parie sur la bonne foi de chacun, certes limitée par les capacités naturelles du cerveau. Il n’y a pas de «méchants» au sens moral dans Hôdo: les comportements hostiles et nocifs, sont dus à des ennemis ou des «malades» qui demandent une riposte ou un traitement particulier. Quoi qu’il en soit, la troisième loi nécessiterait la présence de «médiateurs», des négociateurs qui auraient des compétences notariales et psychosociologiques.

Le choix du hasard en absence de consensus1

L’activité en commun impose un contrat respecté par chaque membre du groupe. Cela implique à la fois discipline et loyauté, des comportements qui peuvent être remis en cause et parfois aboutir à la dissolution de l’association.

Le consensus est le meilleur moyen qui permette de trouver des accords qui satisfont chaque parti en lice. En général, on s’attend à ce que la solution finale soit de type gagnant-gagnant pour qu’elle soit pérenne. Il est à noter que le consensus peut conduire à choisir une forme démocratique pour résoudre les prises de décisions. Mais, l’intransigeance peut conduire à des blocages conduisant à l’échec de toute négociation. Aussi, face à cette situation, Hôdo préconise un principe nouveau: le hasard.

Le choix au hasard a plusieurs implications. L’échec d’une négociation peut conduire à la pire décision pour au moins l’un des partis, mais aucun ne sait lequel. Comme chacun peut en être victime, l’état d’incertitude et d’insécurité qui en résulte peut inciter à rechercher plus sérieusement un consensus.

Le hasard résout aussi un autre problème: le respect de l’intelligence. En effet, son non-respect est ressenti comme une agression. Or le hasard met sur pied d’égalité toutes les formes d’intelligence, car, en cas d’indétermination, il ne favorise pas une solution plus qu’une autre, pas même majoritaire. De toute manière, dans tous les cas de figure, seule l’expérience indiquera si le choix était valable. On ne pourrait même pas vérifier s’il est meilleur ou pire qu’un autre puisqu’on ne pourrait pas remonter dans le passé afin de rejouer l’autre solution pour comparer. La vie n’est qu’un pari, elle ne permet souvent qu’un seul choix, car on ne vit qu’une seule fois. Et c’est en ça que l’expérience des anciens est utile, car elle contribue au savoir général qui permet de comparer les expériences et d’affiner sa connaissance, comme le fait tout scientifique dans son métier.

Il est évident que le choix du hasard ne doit porter que sur un point précis, presque binaire, et pas un «paquet complexe». Il s’agit par exemple de décider si l’on fonce de l’avant ou au contraire s’enfuir de l’autre côté lorsqu’on est au milieu d’un pont qui risque de s’écrouler. Mais on ne peut pas choisi au hasard une «constitution». Dans le premier exemple, le choix est «binaire» et répond à une urgence, dans le second, c’est chaque point qui doit être débattu et rejeté ou approuvé de manière consensuelle ou aléatoire.

Si seule l’expérience montre qu’un choix est valable, combien de temps faut-il attendre pour en être convaincu? Tout contrat, quel qu’il soit, doit avoir une durée limite déterminée et des clauses de rupture pour arrêter un processus jugé néfaste ou parce que le courant de la vie rend obsolètes certains choix initialement favorables.

Enfin, lorsqu’une clause de fin de contrat convient à tous, il faut normalement respecter le contrat signé. Que se passe-t-il en cas de violation du contrat?

À cause de tous les conflits qui peuvent surgir pendant la recherche d’un consensus, il faut mettre en place un système qui garantit les contrats entre parties, même s’ils résultent d’un choix au «hasard». C’est ce que propose le système hôdon, tout en respectant en permanence les deux premières lois.

La cellule sociale idéale pour débuter

Il semble que l’humain ait un rapport optimisé avec une huitaine de personnes simultanément dans une action commune. Cela serait entre autres dû à sa structure mentale qui fait qu’il est capable de gérer en parallèle statistiquement ce nombre de relations.

Certains modèles estiment que pour enrichir des discussions de projets (ateliers de créativité, de crises, d’évaluations…), un groupe de travail devrait être composé de 8 à 15 personnes, dont deux qui ne participent pas aux débats, mais les aident (modérateurs, annimateurs, notateurs…). En effet, il semblerait que les discussions de travail avec des groupes trop peu importants soient aussi inefficaces que des groupes trop nombreux. Donc, soit il serait préférable de fusionner deux petits groupes, soit, en revanche, dès qu’un groupe aurait plus de 15 membres, il faudrait le scinder. Cela constituerait la cellule sociale idéale pour le Projet Hôdo.

Des analyses semblent montrer que le rendement cognitif de ces groupes est accru s’il y a au moins un tiers de femmes et un tiers d’hommes. Il semble aussi que les organisations sont plus efficaces si deux membres de ces équipes jouent un rôle privilégié: l’un étant le maître de remue-méninges favorisant l’éclosion d’idée et l’autre servant de modérateur. Ces deux rôles qui peuvent paraître semblables diffèrent principalement par leur relation: le premier doit en permanence s’effacer et le second doit souvent s’impliquer. Ces deux rôles peuvent devoir agir en tant que représentant de leur cellule avec les autres cellules de même type, interagissant ainsi avec les «pairs» des autres communautés.

Il semble aussi que l’humain s’enrichit plus, du moins intellectuellement, s’il appartient à plusieurs groupes distincts. Il serait donc profitable que chaque humain, qui n’a pas a priori vocation à être un ermite, interagisse avec d’autres cellules. Si une paire de cellules sociales se réunissaient, les représentants respectifs pourraient constituer à leur tour une «cellule idéale». En continuant ainsi, on arrive très rapidement à réunir tous les habitants de la planète sous une forme de démocratie mi-représentative, mi-directe, dont l’unité décisionnaire serait une «cellule idéale» à tous les échelons de la pyramide relationnelle. Cela créerait ainsi une sorte de confédération de confédérations en cascade, donnant le pouvoir de participation local à chaque individu, puis à chaque association, et ce, en respectant une présence féminine et masculine harmonieuse à tous les niveaux.

Les limites du réseau social

Remarque préalable: Il ne faut pas confondre les «réseaux sociaux» du point de vue des sciences humaines et sociales avec le terme courant contemporain pour désigner l’outil informatique qui permet d’échanger avec d’autres personnes au travers de médias sociaux. Ici, nous parlons essentiellement des liens que peuvent tisser entre eux individus ou organisations afin de créer de nouvelles associations.

La «règle de 150», aussi appelée «nombre de Dunbar», est le nombre de relations efficaces qu’il est possible d’entretenir, c’est la taille limite d’un réseau social pour chaque individu.

On peut constater que ce chiffre correspond à 16 cellules hôdonnes, c’est-à-dire un groupe de huit à dix personnes. Évidemment, ce n’est là qu’un modèle statistique et schématique à ne pas prendre comme une norme rigide ou une préparation pharmaceutique. Mais c’est surtout utile pour comprendre que tout système démocratique qui dépasserait quelque 22500 (150 x 150) personnes n’a plus vraiment le sens de la démocratie athénienne, car la probabilité d’une connaissance mutuelle même par personne interposée entre un élu et un électeur serait pratiquement nulle.

Ce qui intéresse quiconque, c’est principalement son environnement immédiat. Quelle que soit sa position dans la pyramide organisationnelle, chacun ne voit que la sphère proche éclairée par ces 150 lanternes. Et même si l’on souhaite en connaître plus sur le monde extérieur, cela passera par de nombreux filtres, par de nombreux témoins diluant en toute bonne foi la qualité de la transmission de l’information. La notion d’organisation d’un grand nombre de personnes pose et posera toujours les mêmes questionnements.

Les grands domaines

Ces domaines sont des États, Empires, Royaumes, Républiques, Fédérations, Unions… Ils ont leurs avantages qu’il est difficile et vain de réduire à zéro. Plus le nombre d’interactions est grand, plus chaque individu a des chances d’enrichir son bien-être par un confort qui devient réalisable en unissant les connaissances et les compétences du groupe. Mais partager implique de négocier. Et plus le domaine est grand, plus il est difficile de négocier de la même manière pour tous sans normes.

Le premier avantage des grandes associations est celui de la communication «normalisée». Communiquer ne se fait pas seulement au travers du langage et de l’écriture. La gestuelle, le comportement en général sont eux-mêmes porteurs de messages décodés différemment selon les niches environnementales des populations. Ce qui est anodin pour certains peut être obligatoire pour d’autres. Un geste non hostile, voire amical, pour l’un peut être traduit comme une menace agressive par l’autre. Aux comportements, on peut ajouter l’apparition de symboles, comme le vêtement, le tatouage, et la «monnaie» avant que celle-ci ne devînt «divinité».

Qu’on le veuille ou pas, les êtres vivants dont fait partie l’humanité réagit beaucoup plus vite aux dangers qu’aux plaisirs. Une drogue attire par le plaisir qu’elle procure, elle enchaîne par la menace de ne plus avoir de plaisir. Il s’en suit qu’il faut rester prudent quand on parle d’«amour» et garder son sang-froid quand on parle de «menace». Les Dominants et leurs candidats utilisent ces deux leviers pour s’imposer. Alors, avons-nous besoin de dominants? C’est peut-être la première question à se poser.

Le fait de choisir un langage, une écriture, une conviction philosophique ou religieuse pourrait concerner que les individus, mais les langages et les styles de vie devraient de toute manière être harmonisés pour permettre une certaine synergie. C’est précisément cette recherche de synergie qui pousse les grands Dominants à imposer leur style de vie. Quel choix reste-t-il à l’individu dans ce modèle? La seule solution qui semble envisageable la hiérarchie fonctionnelle pyramidale.

En effet, l’expérience montre que le consensus est presque impossible à atteindre lorsqu’il y a plus de huit intervenants. C’est pour cette raison que dans l’esprit Hôdo les formes démocratiques actuelles, et surtout les démocraties directes et non proportionnelles, n’ont pas de véritable sens. D’autant plus que les candidats à une dominance proposent un «paquet» contenant des tas de propositions qui nous consuisent à devoir choisir entre la boule rouge et le cube vert. Comment faire si l’on voudrait une boule verte?

Le référendum aussi est inadapté, car, sauf en décortiquant chaque proposition en élément binaire, il ne représentera jamais toute la palette de combinaisons. C’est aussi pour cette raison que l’esprit Hôdo préconise un consensus par petits éléments d’arborescences fonctionnelles, ce qui n’est pas et ne peut être une forme de hiérarchie au niveau social sous forme de «classes» opposées les unes aux autres.

Pour une Organisation des Peuples Unis?

On pourrait penser que dans l’esprit hôdon une association rassemblant la planète n’a pas de sens, car elle ne respecterait peut-être pas la deuxième loi de Hôdo qui permettrait de sortir d’une organisation qui ne convient pas. Pourtant, peut-être serait-ce bien qu’en interne et pour l’exemple, les organismes internationaux tels que l’ONU adoptent les trois règles fondamentales de Hôdo.

Plus qu’une ONU, il serait intéressant de promouvoir une Organisation consensuelle pour non seulement faciliter par la médiation la vie en communauté sur notre planète, mais aussi pour œuvrer à la protection de la Terre. Il semble logique que des problèmes concernant la planète entière soient gérés pour et par tous, car la nature n’a pas les frontières des humains. Hôdo propose par exemple le «revenu de Gaïa» identique à tout humain vivant sur la planète et une monnaie énergétique qui indique le prix total de la création d’un objet quelconque, lequel étalonnage ne pourrait être réalisé que par un conseil neutre et objectif d’experts.

Serge Jadot

Notes, annexes et articles en relation

↑*: Anecdote

Séduit par le concept de «mon oncle d’Amérique», je voulus réaliser quelque chose qui y ressemble, mais au niveau social, donc politique. Henri Laborit fut mon premier maître à penser dans ce domaine. D’autres suivirent comme Robert Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, et d’autres comme Pierre Daco, bien avant, avaient ouvert en moi la soif de comprendre l’«intelligence naturelle». Bien sûr, comme dans toute recherche scientifique, le savoir évolue et ce qui était considéré comme vérité à une époque ne l’est plus à une autre. Mais l’esprit de tous ces humanistes et chercheurs qui n’ont pas voulu écrire de «Livre de Vérité absolue» reste comme une lanterne sur la route, quitte à signaler humblement: «Voie sans issue».

Je ne voulais pas philosopher ni m’arroger un quelconque titre de «sage» que certains n’hésitent pas à brandir comme bannières de guerres éternellement dites justes. Le hasard de la vie m’a fait connaître de nombreuses aventures et remous sociaux dans lesquels je pouvais puiser mon apprentissage du monde. J’ai vu trop de souffrances inutiles qui se répètent inlassablement, toujours sous d’autres formes, mais toujours avec le même état d’esprit de détenir seul La Vérité qui transforme un dominant en tyran. C’est ainsi que j’ai écrit «Hôdo, la légende». C’était une œuvre de science-fiction «tube à essai» comme je me plais à la définir dans laquelle, les allégories me permettaient de rompre des tabous sans vouloir ne blesser personne.

Je désirais confronter mes ressentis à la réalité et partager mes réflexions comme un scientifique avançant ses hypothèses, espérant qu’elles décrivent le plus fidèlement les lois de l’Univers. Car si l’on me demande quelle est ma philosophie, je répondrai, «je suis physicien». C’était mon métier, mais aujourd’hui c’est mon «art de vivre et de penser». Et contrairement à celle de nombreux philosophes qui font de leur arrogance une devanture commerciale, l’attitude du chercheur est censée être toujours empreinte d’humilité. En effet, une seule expérience peut leur montrer qu’ils se sont trompés. C’est très éloigné de l’attitude des Dominants qui s’accrochent même à leurs erreurs les plus flagrantes tant ils veulent se cramponner à leur pouvoir.

J’imaginais donc un monde où la gestion du quotidien et du relationnel ne serait pas aux mains d’idéologues puissants par leur force, leur richesse matérielle, la maîtrise de l’information et toute autre manipulation mentale de masse.

Mais, comment sortir du tube à essai un concept qui, je l’espère, sera à mains multiples et sans frontières, ni physiques ni «morales», comme dans la recherche scientifique. Comment faire pour que Hôdo ne soit pas une planète éloignée, hypothétique et utopique, à l’abri des folies de la Terre, mais bien sur Terre avec la richesse de tous les libres penseurs coopérants?

Comment lui donner naissance dans la vie active et rester «incorruptible»?

Comment faire pour ne pas être étouffé par les opposants qui voudront garder leur main mise sur leurs peuples sans tomber dans le piège du remplacement des têtes, sans vouloir «devenir calife à la place du calife»2? Comment faire pour ne pas engendrer des chaos propices à la naissance des dictatures en faisant semblant comme c’est souvent le cas de parler au nom du peuple, peuple qui se veut d’ailleurs, dominant par procuration?

Comment créer de nouvelles structures sociales, favorisant une synergie gagnante/gagnante, plus respectueuse des humains, de toutes formes d’intelligence et de notre planète, mais aussi les rendre réalistes et applicables envers et malgré tous les Dominants?

Et, plus compliqué encore, comment ne pas confondre Dominants et dominants, celui qui veut le pouvoir pour le pouvoir, et celui qui est mis face au gouvernail pour que le navire affronte l’océan et ses tempêtes? Car, comme le disait H. Laborit, si la hiérarchie dominante est à écarter, on ne peut éliminer la hiérachie fonctionnelle.

Comment? En se faufilant dans la politique? En essayant d’y glisser des idées issues de l’esprit de la Charte de Hôdo?

Ou en créant nos propres pionniers?

Notes

↑1: Le consensus fait partie de la troisième des trois lois fondamentales de Hôdo. Ce texte, archivé ici pour prévenir les pertes sur le web, mérite d'être lu: «Résolution de conflit».
↑2: «Je veux devenir calife à la place du calife!» était une phrase récurrente du personnage de bande dessinée Iznogoud créé en 1961 par René Goscinny et Jean Tabary. Cette formule est passée depuis lors dans la langue courante en raison de la popularité de la bande dessinée, puis du film qui en a été tiré.
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