La première loi de Hôdo considère que l’intelligence est la manifestation suprême de la vie, et donc, de l’humanité, même si nous ne savons pas, sans doute pour très longtemps encore, ce qu’est l’intelligence organique. Néanmoins, comprendre les mécanismes de l’intelligence devrait nous permettre de maintenir notre vie aux meilleures conditions possibles. Et puisque nous sommes des êtres sociaux, elle nous permet d’enrichir la synergie dans nos associations, de la famille aux grandes communautés internationales.
L’intelligence et la vie semblent indissociables. Or, la vie s’appuie sur la vie, car rares sont les exceptions d’espèces vivantes capables de se nourrir de pure énergie et de matière inerte. Le respect de l’intelligence impose d’éviter de faire souffrir n’importe quel être vivant. Si la mise à mort est inévitable, il faudrait abréger le plus possible cette souffrance, même pour un humain incurable en fin de vie.
Toute intelligence se base sur la mémorisation. Ces mémoires, nos archives, constituent nos vérités individuelles dont nous ne sommes pratiquement pas maîtres. L’hérédité, la prime enfance, les apprentissages longs ou prégnants ont façonné notre monde intérieur que personne ne partagera jamais. Chacun est seul dans sa boîte crânienne dans laquelle, les seules notions de bien et de mal qui existent sont celles qui sont ressenties comme gratifiantes ou frustrantes, voire pénibles.
Le respect de l’intelligence sous toutes ses formes devrait donc conduire à rester humble quant à la notion de vérité, car nous ne connaissons que la nôtre, et encore, même pas en profondeur. Notre liberté est si relative, toujours contrainte par l’environnement, comme la rivière qui suit de longs lacets serrés, erre dans les marais, déborde de ses rives, se perd dans des lacs encaissés ou souterrains, voire des mers mortes…
Il s’en suit que le respect de l’intelligence d’autrui s’accommode mal de l’élitisme ou de l’égalitarisme, qui sont d’ailleurs souvent corollaires l’un de l’autre. Autant le plaisir de se surpasser dans quelque domaine que ce soit est agréable pour soi et utile à tous, autant le mépris engendré par certaines formes de domination est contraire au principe du respect de l’intelligence.
Le mépris est fréquent dans l’élitisme, qui s’appuie sur certaines compétences en reléguant les autres jugées mineures et donc négligeables. Parfois, pour augmenter le pouvoir d’une élite, l’égalitarisme est habilement présenté comme un idéal «juste et bon», un modèle unique. Le prêt-à-penser rassure les dominants et anesthésie les dominés. C’est peu créatif pour l’humanité, dont la principale valeur est l’intelligence qui s’enrichit de toutes les différences, la «psycho-diversité».
Mais s’ouvrir aux autres, chercher à les comprendre, refuser l’autosatisfaction et oser remettre en cause sa propre vérité, protégée par des communautés qui ont besoin de leur protocole érigé en « vérité » pour le maintien de leur structure, toutes ces attitudes sont coûteuses en efforts, tant pour un individu que pour un groupe. Les deux lois suivantes de Hôdo tentent d’y remédier : « le droit à l’abri et à la fuite » et « le consensus ou le hasard ».
Nous avons tous en nous les germes de la domination. Et c’est logique, puisque chacun essaie d’avoir son domaine.
Son domaine, c’est avoir son abri et les ressources adéquates pour y vivre en paix.
Seul, on pourrait se contenter d’un jardin d’aliments végétaux, mais, en général, c’est souvent insuffisant, même pour un ermite stoïque. Alors, les humains se réunissent entre eux, en tribu dans laquelle chacun a ses compétences. Cela n’inclut pas que l’agriculture, ni la chasse et la pêche, car il faudra trouver du matériel pour fabriquer et entretenir l’abri et tous les outils nécessaires à tout cela. L’esprit de domination conduit certaines personnes de ce regroupement à en devenir les chefs d’orchestre.
Alors, il faudra trouver l’art de la sérénité dans la synergie.
L’idée de la charte de Hôdo est d’être admissible pour le plus grand nombre possible de citoyens de la planète.
Plus un ensemble est étendu, plus la définition des éléments qui y sont compris est réduite. Pour faire simple, l’ensemble des chaussettes est plus grand que celui des chaussettes rouges, et celui-ci que les chaussettes rouges en laine, etc. Moins il y a de lois «restrictives», plus ces lois s’adaptent à un plus grand nombre de personnes. Or, le but de ces lois est de permettre le savoir-vivre ensemble le plus possible à toute la planète.
De plus, moins il y a de règles à mémoriser, plus il y a de chance de les respecter. Il ne faudrait pas recourir à la présence d’experts pour déterrer et interpréter des articles de lois que l’on dit d’ailleurs ne pas devoir ignorer. Certes, cette charte sera interprétée diversement au cours du temps et selon les communautés. C’est pourquoi la clé de voûte de la Charte de Hodo se résume aux trois lois précisées précédemment.
Cette charte doit pouvoir s’adapter à toute association qui veut s’en servir. Or, chaque association a ses propres règles d’existence. Pour tenir compte de ces particularités, tout en restant dans la limite de dix articles de loi pour des raisons de clarté et de mémorisation, deux règles additionnelles ont été introduites. La première limite le nombre total d’articles à dix, tandis que la seconde régit leur durée de validité.
Au total, il y aura donc cinq lois fondamentales permanentes (les trois lois et les deux dernières règles) et cinq autres, adaptables, voire remplaçables, selon le contexte. Évidemment, ces lois contextuelles ne doivent pas être en contradiction avec les lois fondamentales de Hôdo.
Et si seulement nous changions dans la Charte le mot « Hôdo » par « Terra »? Et si les trois lois fondamentales étaient non seulement nécessaires, mais suffisantes pour que tout être terrestre, indépendamment des attributs biologiques de sa naissance, des us et des coutumes hérités, etc., se sente humain parmi les humains ? Tout simplement, humain, ni ange ni démon, à la recherche de son bonheur, certes, mais aussi celui de l’humanité.
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