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Parti Hodo1, qui se définit comme scientifique dans sa méthode, pourrait être associé au concept de «biopolitique» ou de «sociobiologie», des termes moins rébarbatifs que «politique scientifique» ou «neuro-biosocio politique». En effet, cette approche s’appuie sur les principes des neurosciences sociales et sur les lois de la physique pour gérer de manière optimale l’utilisation de toutes les ressources de l’Univers incluant toute l’humanité. Le mot «biopolitique» existait déjà et sa notion s’éloigne parfois du concept hôdon. N’ayant pas trouvé de meilleure expression, les termes «Hôdo» et «hôdon», n’étant ni connus ni associés à une notion connue en politique sont choisis pour ne pas prêter à confusion avec d’autres concepts. Mais, on pouvait rencontrer des problèmes d’affichage du «ô» dans certaines langues utilisant l’alphabet latin. Alors, le Projet Hôdo conserve son ancienne écriture pour marquer ses origines, tandis que le parti Hodo perd l’accent pour être plus universel. Évidemment, les autres alphabets choisiront à leur convenance.
Ce parti n’est pas un parti traditionnel, car il peut inspirer toute politique qui favorise la synergie consensuelle en confortant ses choix avec la rigueur, l’objectivité et l’humilité de la méthodologie scientifique. Mais, pour être écouté par les détenteurs de pouvoir gagné par leur parti politique, il peut être nécessaire de se présenter comme un parti «officiel». Ce parti est universel à l’instar, par exemple, du parti communiste. Il peut donc exister dans n’importe quelle région avec la structure qui lui convient. Ses «militants», appelés en interne « pionniers de Hodo», sont des chercheurs et artisans à la recherche de modèles utiles pour toute la planète qui contribuent au Projet Hôdo.
Comme parler de « parti Hodo » peut rester ésotérique au sein des autres partis préexistants, on peut le présenter comme un parti politique non traditionnel à la fois universaliste et biophysique. Universaliste, car sa charte lui permet de s’adapter à tout type de société. Et en plus, ce parti n’est ni à gauche, ni à droite, ni même au centre, car il est ouvert à tout ceux qui partagent sa charte. Et, pour remplacer le mot « biophysique », on peut dire qu’il est écologique.
La synergie, ou l’art de vivre et croître ensemble, imposent à la fois sérénité et respect mutuel. La sérénité n’est assurée que si l’on peut avoir son refuge. Quant au respect, comment l’obtenir si l’on ne fait pas le premier geste? C’est ainsi que, dans le concept Hodo, le respect est un devoir, et le refuge, un droit.
Une société politique «hodonne» obéirait à un jeu très réduit de lois qui formerait sa «charte». En effet, d’une part, dans l’esprit ensembliste, moins il y a de règles pour appartenir à un ensemble, plus il y a de possibilités d’y appartenir, donc d’élargir la sphère de synergie et de consensus.
D’autre part, si nul est censé ignorer la Loi, alors cette Loi est censée être aisément mémorisable. Dix articles de loi devraient être le maximum à l’instar des doigts de la main qui pourraient les symboliser comme moyen mnémotechnique.
Cette charte contiendrait à minima les deux lois fondamentales du concept Hodo.
L’esprit hodon vise la synergie et les accords gagnant-gagnant qui respectent ces deux lois. Il s’agit donc dans ce cas de toujours essayer de trouver un consensus. Ce n’est pas toujours possible dans un temps relativement court, aussi la charte de Hodo contient la troisième loi:
Ainsi, la charte Hodo pourrait s’appliquer à des ensembles de tailles variées, allant du foyer à des alliances entre États. Ces alliances peuvent conclure tous les contrats qu’elles souhaitent, elles peuvent aussi avoir besoin de définir une spécificité qui définit le comportement des membres du groupe. Aussi, la charte de Hodo prévoit-elle d’être divisée en deux parties: une fondamentale et une spécifique. Chacune a cinq lois au maximum afin que tous puissent connaître par cœur la charte. Les cinq lois fondamentales sont les trois déjà citées, et les deux suivantes:
Dans ces conditions, la charte de Hôdo peut être proposée comme modèle de charte universelle de l’humanité.
En plus de ces concepts sociaux, mais toujours dans un esprit de chercheur scientifique, comme celui du physicien en l’occurrence, le Projet Hôdo propose la notion d’une monnaie unique mondiale. Cette monnaie serait indépendante de tout pouvoir politique ou financier, aurait l’avantage d’offrir plus de justice quant aux rétributions et à la répartition des richesses, et, surtout, contribuerait à un meilleur respect de l’écologie.
Cette loi est un devoir et non un droit, car elle est censée responsabiliser tous ceux qui sont maîtres de leurs actes. Elle n’est pas un droit pour éviter de mettre en avant son intérêt personnel au détriment des autres, car la liberté n’est pas souvent partageable, d’où les deux lois qui suivront.
Le respect est une définition volontairement floue, car cette notion est aussi liée aux traditions culturelles des populations ainsi qu’aux concepts philosophiques ou religieux en cours qui l’associe à la notion tout aussi floue de tolérance. Respecter, ici, signifie comprendre, ne pas juger moralement et, par conséquent, ne pas condamner. Respecter, c’est surtout rester humble quant à la notion de vérité que chacun défend en toute bonne foi.
L’intelligence est aussi une notion floue, due au fait cette fois que même d’un point de vue scientifique, cette notion reste difficilement définissable.
Nous ne savons pas, sans doute pour très longtemps encore, ce qu’est l’intelligence. D’une part, on la sent proche des questions existentielles. D’autre part, on la sait «sécrétée» par notre cerveau, au moins pour programmer des comportements qui nous permettront de répondre à cette double tâche: vivre et «vivre au-delà».
Comprendre les mécanismes de cette intelligence devrait nous permettre de maintenir notre vie aux meilleures conditions possibles et de prolonger notre existence au-delà de notre fin individuelle. Et puisque nous sommes des êtres sociaux, enrichir la synergie dans nos associations, de la famille aux grandes communautés internationales, doit être un objectif principal. Cela se fera entre autres en propageant nos œuvres éventuellement partagées anonymement au sein d’organismes plus complexes qui nous perpétuent au-delà de nos limites.
L’intelligence est indissociable de l’émotion et donc de la souffrance. Là où il y a souffrance, il y a intelligence. D’ailleurs, la notion d’empathie ou de compassion est préférable à celle de tolérance, qui peut être parfois dévoyée de manière égocentrique, voire égoïste. En fait, même la compassion est plus adaptée à la notion de respect que l’empathie, qui ne peut être qu’un sentiment passivement ressenti, voire «sadique».
Toute forme d’intelligence? Nous ne sommes pas aptes ni scientifiquement ni moralement à donner des frontières qualitatives ou quantitatives de l’intelligence.
La première loi de Hôdo considère que l’intelligence est la manifestation suprême de la vie, et donc, de l’humanité.
Quant aux différences, puisqu’elles existent, elles doivent être considérées comme un plus dans la biodiversité. Elles contribuent à la synergie créative. Aussi, ce respect dû à tous les humains sans exception peut-il être étendu à toutes les formes de vies que nous estimons moins évoluées, terme qui devrait être remplacé par «complexifiées» afin d’écarter tout jugement de valeur.
Et les supports de l’intelligence? L’intelligence est à la fois «enfermée» dans un corps, «protégée» dans des abris physiques, logements et territoires, en «synergie» dans des groupes qui partagent des lieux de vie et finalement la planète entière. Il s’en suit que le respect de l’intelligence doit conduire au respect de la vie, au droit à l’abri (loi suivante), aux différentes associations sociales et à l’«écologie», c’est-à-dire la vie de notre planète.
La vie s’appuie sur la vie. Rares sont les exceptions d’espèces vivantes capables de se nourrir de pure énergie et de matière inerte. Or, la vie est intimement liée à l’intelligence. Selon le principe du respect de toute forme d’intelligence, l’exploitation et la mise à mort de tous les êtres vivants devraient s’effectuer avec le plus grand respect. Reconnaître que notre vie est redevable à ces êtres qui la perdent pour nous pourrait nous inciter à ne pas les faire souffrir et encore moins à faire traîner cette souffrance. Enfin, si l’intelligence prime la vie en soi, l’une des conséquences de ce postulat est qu’il peut être humain de libérer une intelligence souffrante de son support physique, même pour un humain.
Toute intelligence se base sur la mémorisation. La mémoire nous impose la présence préétablie d’engrammes transmis par les gênes pour installer rapidement les processus d’adaptation et de gestions des capteurs qui percevront l’environnement par la suite. Dès l’instant où l’on parle de mémoire, on sous-entend l’existence de durée: temps pendant lequel une information va être enregistrée et accessible. Cette mémoire a obligatoirement des archives parfois très stables et d’autres très fugitives. Celles qui sont stables assurent la stabilité de notre organisation. Dès l’instant où l’on parle d’organisation, on parle de catégorisation. Elle aussi est le fruit de toute une existence, agençant les souvenirs pour que la pensée puisse choisir parmi les bonnes catégories du moment les expériences qui permettent de deviner le chemin qu’il faut prendre. Deviner, car le futur est toujours inconnu et peut ne pas être celui qui est désiré.
Ces ensembles de mémoires constituent nos vérités individuelles. Nous n’en sommes pratiquement pas maîtres. L’hérédité, la prime enfance, les apprentissages longs ou prégnants ont façonné notre monde intérieur que personne ne partagera jamais. Nous sommes seuls dans notre boîte crânienne, et dedans, les seules notions de bien et de mal qui existent sont celles qui sont ressenties comme gratifiantes ou frustrantes, voire pénibles.
Le respect de l’intelligence sous toutes ses formes devrait donc conduire à rester humble quant à la notion de vérité, car nous ne connaissons que la nôtre, et encore, même pas en profondeur. Cette connaissance qui est la nôtre, est elle-même parcellaire, limitée par nos capteurs et notre expérience individuelle. La vérité qui s’impose dans notre esprit est comme l’eau qui tombe du ciel vers le centre de la Terre: le courant d’eau va inexorablement de la montagne vers la mer. Il ne se trompe pas lorsqu’il suit de longs lacets serrés, erre dans les marais, déborde de ses rives, se perd dans des lacs encaissés ou souterrains, voire des mers mortes… Notre liberté est si relative, toujours contrainte par l’environnement.
Il s’en suit que le respect de l’intelligence s’accommode mal de l’élitisme ou de l’égalitarisme, qui sont d’ailleurs souvent corollaires l’un de l’autre.
Le plaisir de se surpasser dans un domaine quelconque et de valider ses efforts dans des compétitions «sportives» est agréable pour soi et peut être utile à tous. En revanche, le mépris engendré par certaines formes de domination est contraire au principe du respect de l’intelligence.
Parmi ces mépris, se trouve souvent l’élitisme. En général, il s’appuie sur certaines spécialisations reléguant les autres compétences, comme si elles étaient mineures, donc négligeables, ce qui est en désaccord avec le respect de toute forme d’intelligence, la «psycho-diversité».
Des élites peuvent augmenter leur pouvoir en présentant l’égalitarisme comme un idéal «juste et bon», ce qui revient en réalité à refuser de reconnaître toute forme d’intelligence en la contraignant à s’adapter à un modèle unique. Le prêt-à-penser rassure les dominants, anesthésie les dominés, et, au total, est peu créatif pour l’humanité, dont la principale valeur est précisément son intelligence globale, qui s’enrichit de toutes les différences.
S’ouvrir aux autres, s’efforcer de comprendre autrui, abandonner la satisfaction de soi et remettre en question sa propre vérité égocentrique, protégée par des communautés qui ont besoin de leur protocole érigé en «vérité» pour préserver leur structure, cela demande beaucoup d’efforts, autant à l’individu qu’au groupe. Les deux lois suivantes de Hôdo tentent donc d’y remédier: «le droit à l’abri et à la fuite» et «le consensus ou le hasard».
Contrairement à la première loi de la charte, celle-ci est un droit, car elle est indispensable pour pouvoir assurer le respect de la première. Elle est indispensable, car la sérénité est la qualité essentielle pour pouvoir respecter toute intelligence. Cette loi est un droit inviolable qui ne peut être supplanté par un retournement de la première loi en proclamant: «Vous avez le devoir de me respecter!»
Les trois comportements moteurs de l’homme face à une agression sont la fuite, l’immobilité et la contre-attaque. Il est aussi important de considérer que l’agression peut être aussi bien psychique que physique, et donc, que la fuite ne sera pas toujours du même style.
L’immobilité peut résulter d’une tétanie plutôt que d’une volonté de furtivité. La sidération est à éviter, car elle peut être source de stress malsain lorsque la situation perdure. En effet, l’organisme en état d’alerte met en sommeil toute une série de mécanismes de maintenance qui peuvent à force altérer le bon fonctionnement de certains organes du corps. La fuite et l’évitement sont donc préférables. Encore faut-il que cela soit possible, c’est pourquoi il s’agit d’un droit.
La fuite, proprement dite, ne peut être que temporaire et brève. Il vaut mieux parler de repli. En effet, fuir implique de tourner le dos au danger, et donc de perdre de vue l’évolution de ce dernier. La fuite sert à trouver un autre chemin qui conduira à un abri tout en évitant les dangers qui y font obstacle.
L’abri est indispensable pour de nombreuses raisons. L’organisme a besoin de se restaurer, de se reposer, de se soigner à l’écart de tout risque ou source de trouble qui viendrait perturber la retraite. Il a aussi besoin d’un espace où se retirer pour éviter l’affrontement. Or, cet affrontement ne se limite pas à un «ennemi», mais aussi à n’importe quelle situation pénible environnementale: dispute familiale, examen stressant, désaccord dans le travail…
Le cerveau est conçu de telle manière qu’il supporte en général ce qu’il fait, car sinon, c’est logique, il ne ferait pas. Par contre, subir une situation qu’il n’a pas voulue peut le mettre mal à l’aise. Par exemple, le bruit peut être une de ces nuisances. En effet, le son est porteur d’informations permanentes au cerveau qui le plus possible reste en alerte dans toutes les circonstances. Toute fréquence, toute périodicité entretiennent la vigilance du cerveau qui attend les signaux suivants à décoder. Ainsi, une partie de la pensée va se tourner vers l’analyse du bruit, d’autant plus que celui-ci s’impose. Or, même si notre cerveau a l’habitude de gérer plusieurs fonctions simultanément, il ne le fait pas avec un nombre infini (on évaluerait que le cerveau gère moins d’une douzaine d’informations prioritaires en parallèle). Et même ainsi, tout travail exécuté par les neurones consomme de l’énergie, et le cerveau est un organe très gourmand en énergie. De là, on comprend que le bruit puisse engendrer crispation, fatigue, déconcentration… Le cerveau tirera, s’il en a encore la force, la tirette d’alarme qui se manifestera par intolérance.
Tout d’abord, il faut comprendre l’intolérance. Cette notion a deux interprétations, l’une selon le point de vue sociopolitique et l’autre selon le point de vue médical. Dans cette dernière optique, l’intolérance se manifeste par les allergies, les rejets de greffons, de prothèses… Et celui qui souffre d’allergie n’a pas choisi ce type de réponse. Il en est de même pour l’intolérance sociétale. Cette dernière est en quelque sorte une allergie sociale, une réponse à une situation qui est considérée comme insupportable ou dangereuse à tort ou à raison.
De plus, si l’art de vivre ensemble grâce au respect mutuel constitue un objectif à atteindre, la volonté de forcer cet idéal peut s’avérer douteuse, notamment concernant les motivations et les moyens mis en œuvre. Par exemple, le «dominant» imposera souvent son bruit ou son besoin de silence avec l’argument «j’ai le droit de…» jeté à la face du «dominé» qui sera taxé d’«intolérant» s’il ne se soumet pas. Mais qui a raison? Et comment résoudre le problème imposé par la première loi concernant le respect de l’intelligence?
Cette intolérance ne devrait pas être considérée comme un péché punissable, mais comme un problème de cohabitation à résoudre. Pour résoudre ce problème, il faudra probablement, déjà arrêter, du moins provisoirement, la cause du malaise afin que cela soit plus facile à analyser pour trouver une solution de contournement à défaut d’adaptation. On comprend plus facilement les mécanismes de la pensée, les siens et ceux des autres, dans une situation sereine.
Toutes ces raisons, non exhaustives, contribuent au droit à refuser l’affrontement et au besoin de se ressourcer. Et donc, dans le Projet Hôdo, cela conduit au droit à une vie privée et à un refuge dans un environnement social rassurant, donc inviolable.
S’il s’agit cette fois dans les trois lois de Hôdo d’un droit, c’est à dessein. Un droit peut s’imposer plus facilement qu’un devoir, mais cela pose aussi beaucoup de problèmes pratiques, d’où la troisième loi qui est incontournable pour assurer les deux premières, et qui sera développée par la suite. En effet, un droit peut être aussi source de manipulation et de conflits plus ou moins vigoureux, voire violents.
En reprenant l’exemple du bruit, on peut aussi se mettre dans la peau de celui qui fait du bruit. Celui-ci pourrait jouer la victime et clamer que ce n’est pas de sa «faute» si le bruit sort de son abri et gêne le voisinage. Avec ce type d’argument, un dominant peut invoquer la première loi. Ainsi, le «devoir d’être respecté» transformerait le «droit à l’abri» en un devoir imposant à ses voisins la tolérance à son égard, voire l’obligation de se boucher les oreilles. Pour toutes ces raisons, c’est un droit inviolable de quelque manière que ce soit.
Au niveau d’une société, le regroupement d’humains ou de communautés de toutes tailles, comme les États-nations, partageant des protocoles de cohabitation est naturel et constitue un abri social. Donc, le droit à l’abri socioculturel s’applique aussi à la non-ingérence de pouvoirs extérieurs et l’autodétermination des populations. Ces associations peuvent conduire à engendrer des camps retranchés ou des prisons selon que les miradors seront tournés vers l’extérieur ou vers l’intérieur. Il faudra donc bien différencier l’abri de la prison, et ce ne sera pas souvent difficile, car le deuxième cas peut probablement aller à l’encontre de la première loi.
Comment gérer la fuite du conjoint battu ou l’autodétermination territoriale? S’agissant d’un droit, la fuite et l’abri peuvent être soumis à certaines contraintes, et requérir certaines médiations. Il sera peut-être indispensable de séparer des belligérants sans pour autant prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Toutes ses raisons conduisent à la troisième loi du Projet Hôdo censée répondre à la question: comment assurer le respect des deux lois précédentes?
Il n’y a pas de consensus sur la notion de consensus!
Mais l’idée principale qu’il faut retenir, c’est la volonté de synergie au service d’une communauté, car, pour chacun de ses membres, le compromis doit être globalement gagnant-gagnant.
Le consensus, c’est l’effort intellectuel et pratique pour créer une solution qui convienne à tous. C’est le refus de se cantonner dans une sorte de dictature des majorités qui, de surcroît, sont parfois très relatives. Très relatif, car tout dépend de leur pouvoir de blocage ou d’occultation de toute opposition.
Le consensus, de plus, est source de créativité, mais avant, il est le résultat d’une écoute objective. Cela impose au préalable de se rappeler que, derrière chaque mot, chaque humain y a mis une signification et un ressenti qui lui est propre, et que la validité d’une solution ne dépend pas de celui qui l’énonce. C’est pourquoi le consensus doit être un acte pratiquement technique et scientifique.
D’autre part, le non-choix et l’immobilisme sont parfois préjudiciables, voire mortels. Alors, choisir la solution au hasard peut être le dernier recours pour ne pas favoriser des formes de pouvoir qui imposerait leur vision risquant de ne pas assurer la règle gagnant-gagnant du consensus.
Le consensus est indispensable pour étendre notre espace de liberté, car cela ne peut se réaliser en général qu’en sacrifiant un peu de notre espace privé.
En effet, bien que nous soyons instinctivement désireux de maîtriser notre «domaine», de là notre attitude de «dominant», il est rentable de s’associer en groupe pour accumuler les qualités de ses membres. Ces derniers apporteront leurs spécialités. Et le travail en commun permettra aussi de diminuer les dépenses énergétiques supplémentaires quand elles sont trop fractionnées par l’individualisation.
Un orchestre sera d’autant plus riche en sonorité qu’il est constitué de musiciens maîtrisant des instruments différents, parfois en plus à différent niveau de maîtrise. Rendre tous les musiciens identiques serait comme privilégier la quantité à la qualité.
Pourtant, privilégier la quantité a aussi son intérêt. C’est le cas, par exemple, pour les fuites thermiques par la superficie extérieure. En effet, imaginons pour faire simple que l’on dispose de mille petits cubes de produit à congeler. Au lieu de congeler indépendamment chaque cube, on les entrepose dans un grand cube. Le gain énergétique sera considérable, car les fuites thermiques du grand cube seront 100 fois moindres que celles des mille petits cubes.
Et tout le monde connaît la maxime: «L’union fait la force!» On en voit un résultat sur l’être que nous sommes: les cellules qui composent notre corps représentent bien ce type d’économie. Chaque cellule, indépendamment de sa fonction spécialisée, est autonome et dispose de ses propres protections, mais l’organisme, lui, ajoute une protection de surface commune aux ensembles. En même temps, il fournit nutriments et défenses internes produites et partagées par et pour tout l’organisme, ce qui est un gain énergétique incontestable exploité par dame Nature.
Cette dame Nature serait même le modèle du taoïsme, puisqu’elle nous conduirait à gérer sans cesse des contraires, comme appuyer sur l’accélérateur ou sur le frein. Ces antagonismes font souvent débat en politique. Comme si l’on pouvait conduire un jour sans pédale de frein et le lendemain sans celle de l’accélérateur! Pourtant, tous ces dilemmes, ces conflits d’intérêts, existeront toujours. Sans cesse, il faudra trouver des compromis qui, eux-mêmes, ne sont pas constants dans la durée. Alors, comment faire pour obtenir la meilleure réponse possible sans tomber dans des choix purement idéologiques?
Premièrement, les meneurs d’hommes utilisent une compétence du cerveau pour gagner en pouvoir, attirer des alliés et imposer des choix: la classification. C’est l’une des grandes compétences du cerveau, car cela permet la création d’amalgames donnant des catégories aptes à prévoir les sources de dangers ou de satisfactions pour l’organisme. Cela se réduit souvent à la notion de bon ou de mauvais. Mais un autre amalgame y associe les «bons» et les «méchants», ce qui permettra de déterminer qui dominera l’autre, soit les «bons» dominants et les «méchants» à soumettre. Néanmoins, il ne faut pas oublier le motif de la première loi de Hodo. Ces choix peuvent facilement être gravés à l’insu dans le cerveau sous forme de morale, ne fût-ce que par l’éducation, mais aussi, au travers des informations publiques, des réseaux sociaux…
Pour forcer le respect de cette morale qui est diffusée, il sera parfois nécessaire de châtier.
Il n’est pas bien de donner la fessée… Mais le mépris, l’ironie, la moquerie, ne détruisent-ils pas plus sûrement, et d’autant plus profondément, quand, de surcroît, la victime est accusée de manque d’humour, voire de manque d’intelligence? Une double peine, en quelque sorte!
Au niveau des grandes populations, la fessée sera-t-elle donnée par des armées brandissant la bannière de «guerre juste»? Ou, sera-ce plus «propre» et plus efficace, car ne laissant aucune trace visible de maltraitance, en utilisant des châtiments psychiques ou des sanctions économiques?
Il y a beaucoup d’hypocrisie pour gérer les contre sens dans les prêts-à-penser qui télécommandent les comportements des populations. Mais il est tellement plus facile pour les dominants d’envoyer la chair à canon défendre les valeurs qu’ils défendent, leurs vérités, après les avoir inculquées aux suivants. Il est plus «amusant» de jouer au stratège et de faire tomber des pions sur l’échiquier que de s’efforcer de trouver une solution pacifique. Il est plus facile de tuer l’inconnu. Il suffit d’envoyer d’autres inconnus faire le travail. Les va-t-en-guerre ne cherchent pas le consensus, ils imposent leur vérité. Pour eux, la technique sera toujours la même : frapper d’innocentes victimes pour jeter la terreur chez les opposants lorsqu’il est impossible de les convertir ou de les éradiquer! Qu’importe le type d’armée, qu’importe les moyens, largage de nappe de bombes, d’égorgements, de dague dans le dos…! Ne rêvons pas, les Horaces et les Curiaces n’existent plus. Même lorsque les armées essaient de limiter leur combat entre hommes de métier, il y a toujours des dégâts collatéraux. Et il ne faut jamais oublier que les soldats sont avant tout des citoyens, des humains, agissant au nom de ce qu’ils croient être leur vérité?
En règle générale, derrière toute imposition de volonté, c’est la loi du plus fort qui l’emporte. Cela ne se résume pas qu’à la force brutale. Elle peut revêtir de nombreuses facettes: chantage affectif, menace de bannissement, restriction de ressources… Quant à la force, avec ou sans sadisme, elle peut revêtir des oripeaux nobles de sainteté, de justice… Et le gagnant prétendra que sa victoire, si elle n’est pas d’essence divine, est le résultat d’un consensus, puisque le soumis a fini par être d’accord avec lui.
Si nous ne voulons plus que l’humanité s’entre-déchire en permanence, il faut introduire la notion du consensus et du hasard lors de l’établissement de ses règles de cohabitation.
Tout d’abord, selon la première loi de Hôdo, il n’y a pas d’intelligence supérieure à une autre. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des experts pour créer des solutions plus adéquates à un problème donné. Mais qu’il faut écarter l’élitisme dominant pour imposer une idée qui sera de toute manière toujours à l’avantage de celui qui la propose.
Par intelligence «supérieure», élitiste, il faut surtout entendre une intelligence moralisatrice, politique, philosophique ou religieuse dotée d’une autorité ou d’un charisme suffisant pour s’imposer. Souvent, elle ne s’appuie que sur des valeurs sociétales parfois sans fondement pragmatique et encore moins scientifique. Une intelligence «vraiment supérieure» devrait être humble, sinon elle sera dominante, non dans le sens d’éclairer la communauté, mais dans celui de la formater selon sa vision parcellaire de la Vérité.
Il faut aussi se méfier des lois égalitaristes dès l’instant où elles sont établies par des dominants. Elles les rassurent en leur apportant, selon le cas, les jouissances d’une paix imposée dans leur «domaine» ou l’élévation de leur statut grâce à une égalité qui les favorise.
Si la vérité de chacun est vraie pour chacun, et si l’espace de liberté partagé peut conduire à des conflits, comment gérer la synergie gagnant-gagnant? Comment réaliser le consensus alors, sans tomber dans le piège de la soumission faussement consentie qui porte en soi le germe de la revanche? Or, précisément, l’un des buts des trois lois de Hôdo est d’éviter les cycles récurrents des revanches qui peuvent dégénérer en conflits majeurs. C’est l’une des missions que doit s’imposer le Parti Hodo. Et, par conséquent, sera-t-il un guide pour revoir les démocraties? Comme toute chose créée par l’humanité, si la démocratie était la meilleure idée à un moment donné, elle ne sera jamais la dernière solution, car nous sommes en perpétuel progrès, même si parfois, il a des reculs apparents.
Les grands programmes proposés par les courants politiques des démocraties proposent souvent des «paquets»: comment, alors, choisir entre une boule verte et un cube rouge si l’on souhaite avoir une boule rouge? Il semble que le consensus est souvent plus facile à atteindre quand le problème à résoudre est découpé en difficultés plus simples à analyser et sur lesquels il sera possible d’obtenir des compromis. Mais cela demande à la fois beaucoup d’humilité, celle de ne pas croire qu’on est seul dans la vérité et le «bien», et beaucoup de créativité pour trouver mieux que ce que chacun pensait. Le consensus est un travail d’intelligence, non de puissance.
Cela risque d’être long? Mais l’histoire de l’humanité est longue. Doit-elle rester un long chemin de souffrance pour autant? Et l’urgence alors? Le pont qui s’effondre: faut-il rester dessus à papoter pour savoir quelle rive rejoindre avant qu’il ne soit trop tard? Dans le cas d’un danger imminent, souvent, il faut vite choisir «au hasard» ou «à l’instinct».
Dans la Grèce antique, on dit que ceux que l’on appellerait des «modérateurs» de démocratie étaient choisis au hasard, car tout citoyen se valait. Évidemment, cet élu du hasard choisissait les compétences nécessaires et adéquates pour mener à bien la mission qui lui était confiée. Cet «idéal» correspond exactement à la notion de «hasard» dans la troisième loi de Hôdo et l’équivalence d’intelligence de la première loi. Le consensus et le hasard peuvent aussi conduire à l’approbation d’une hiérarchie fonctionnelle ou à un mode de scrutin qui, lui, pourrait être à la proportionnelle, par exemple.
En résumé, si l’on veut assurer l’équité absolue du respect de toute intelligence, la recherche permanente de consensus dans lequel le hasard viendrait débloquer les situations de blocage pourrait être un mode décisionnel plus efficace.
L’idée de la charte de Hôdo est d’être admissible pour le plus grand nombre possible de citoyens de la planète.
Plus un ensemble est étendu, plus la définition des éléments qui y sont compris est réduite. Pour faire simple, l’ensemble des chaussettes est plus grand que celui des chaussettes rouges, et celui-ci que les chaussettes rouges en laine, etc. Moins il y a de lois «restrictives», plus ces lois s’adaptent à un plus grand nombre de personnes. Or, le but de ces lois est de permettre le savoir-vivre ensemble le plus possible à travers toute la planète.
De plus, moins il y a de règles à mémoriser, plus il y a de chance de les respecter. Il ne faudrait pas recourir à la présence d’experts pour déterrer et interpréter des articles de lois que l’on dit d’ailleurs ne pas devoir ignorer. Certes, cette charte sera interprétée diversement au cours du temps et selon les communautés. La première loi servira de clé de voûte, la seconde d’hygiène indispensable pour appliquer la première, et la troisième de conseil pour y arriver.
Pour faciliter l’adaptation à chaque communauté adoptant ces trois lois s’ajoutent deux autres règles. La première limitant d’une part le nombre total d’articles à dix et la seconde, la pérennité des règles locales. Ainsi, il y a les cinq lois fondamentales pérennes (les trois lois et les deux dernières règles) et cinq autres, adaptables, voire remplaçables, en fonction du contexte. Ces «lois» non figées pourraient contenir, par exemple, des règles pour créer des espaces protégés pour la planète. Elles pourraient aussi comporter des directives pour gérer les ressources énergétiques, des consignes favorisant un enseignement hodon qui apprendrait à avoir confiance en soi et aux autres en accord avec des traditions ou religions… C’est à chacun de décider.
Et si seulement, nous changions dans la charte le mot «Hôdo» par «Terra», si les trois lois fondamentales étaient nécessaires et suffisantes pour que tout terrien, indépendamment des attributs biologiques de sa naissance, des us et des coutumes hérités, etc., se sentait humain parmi les humains, tout simplement, humain, ni ange ni démon, à la recherche de son bonheur, certes, mais aussi celui de l’Humanité.
Qu’est-ce l’humain? Le sommet de la pyramide de l’intelligence et de la vie? La vie semble déjà être le résultat de l’intelligence qui est présente dans tout l’univers. Quelle intelligence a créé cet univers? Car il faut une sacrée intelligence pour créer la notion incontournable d’oppositions qui a inspiré le taoïsme. Sans les forces d’attraction et de répulsion, il n’y aurait pas de particules, d’atomes, de molécules, de cellules porteuses de vie, d’organes complexes, comme les plantes et apparemment au bout de la chaîne, l’humain. Mais qui dit qu’il n’y a pas quelque chose au-dessus de ce dernier? Qui dit qu’il n’est pas comme la cellule à l’intérieur d’un organisme plus complexe que lui?
Déjà, l’humain vit dans un présent on ne peut plus fugitif. Tout se passe comme si l’humain se trouvait sur un tapis roulant qui avance sans cesse vers le futur, reléguant derrière lui son vécu, l’histoire de l’humanité, de l’univers… S’il regarde derrière lui, il voit le passé qui s’estompe peu à peu vers un horizon invisible. Et s’il regarde devant lui, vers le futur, il ne voit que le reflet de ce passé projeté sur une sorte de forêt vierge. Dans cet univers inexploré, on peut facilement s’égarer à la recherche d’une voie pour atteindre un objectif rêvé et souhaité.
Face à l’obscurité du futur, l’humain préfère y prévoir un paradis au bout d’une route, quitte à traverser un labyrinthe marécageux. Cet univers lui semble tellement complexe qu’il imagine qu’il est l’œuvre d’un architecte. Et si cet architecte existe, il croira avec soulagement que c’est une divinité à visage humain, éventuellement assisté par un collège de divinités ou de saints. Ainsi, grâce à leurs lumières, il saura vers qui se retourner pour prier et pour sortir de l’obscurité.
Mais avant d’en arriver au bout de l’aventure, il faut déjà vivre. Or, vivre est sûrement une manifestation de l’Intelligence qui construit l’Univers. L’intelligence se voit dans tous les êtres vivants. Et quand on découvre sa créativité, on ne peut qu’admirer ces merveilles souvent discrètes, comme l’oreille interne.
Pour continuer à vivre, l’humain, comme tous les autres êtres vivants, va donc devoir s’alimenter. Or, chaque être vivant doit non seulement se nourrir, mais aussi, au cours de ses activités, ne pas consommer plus qu’il n’assimile, sinon il va dépérir. L’intelligence des êtres vivants va donc les aider à survivre en gérant cet équilibre. Généralement, il suffit de s’approprier sans effort excessif ce dont on a besoin et, si nécessaire, de l’adapter. Cela pourra entraîner aussi des adaptations génétiques, mais, comme cela est extrêmement long, c’est probablement pour cette raison que des êtres vivants furent dotés d’un organe, lui aussi merveilleux, le cerveau.
L’humain, doté d’une intelligence qui l’enorgueillit, peut non seulement trouver de quoi se nourrir, mais aussi trouver ou créer des outils.
Trouver ces outils peut consister même à exploiter d’autres êtres, dont des humains.
Quant à créer des outils, cela engendre l’un des problèmes majeurs de toute créativité : la chaîne de production. Celle-ci se résume en : trouver les matières premières, les transporter, les stocker, les traiter, assurer la maintenance et se débarrasser des obsolescences. Cette dernière action conduit souvent à conserver le plus possible ce qui est récupérable, voire à les recycler. Et, encore une fois, ce n’est pas une qualité spécifique à l’être humain.
Toute cette activité devenant trop complexe va conduire l’humain à dominer son domaine d’une part, et s’associer à d’autres êtres vivants pour exploiter leurs domaines de compétences. Cette cohabitation imposera des normes de convivialité, comme les «Droits de l’homme». Mais l’homme n’est pas spontanément discipliné, autrement dit, pour mériter ces droits sans agressivité, il est indispensable de développer le respect mutuel.
Le respect mutuel est un comportement incontournable pour éviter les conflits qui peuvent surgir à tous les niveau de toutes relations.
Cela permettra d’éviter que l’histoire ne se répète éternellement, engendrant des conflits toujours identiques entre des valeurs complémentaires présentées comme opposantes, voire ennemies à éradiquer. Communisme, libéralisme, capitalisme, etc.? Qui a raison? Tous! Chacune de ces politiques est l’une des faces de la vérité sociale comme celle d’un dé. Mais qui voit la totalité du dé derrière chaque face?
Et qu’en est-il du point de vue géopolitique? Pourquoi les fusions? Pourquoi les séparatismes? Combien de fois ces choix sont-ils soumis aux «deux poids, deux mesures» entraînant un nombre inutile de victimes? La synergie peut se vivre de manière différente. Laissons surtout les protagonistes décider par eux-mêmes et offrons-leur, comme des modérateurs ou des médiateurs, la possibilité de débattre en toute sérénité entre eux pour trouver le consensus qui les rassurera.
Cette notion de médiation-modération doit être imprégnée d’une sorte de taoïsme scientifique. En effet, la physique nous révèle que la Nature entière n’existe que par ses antagonismes: force d’attraction et de répulsion, électron et proton, etc. Quant à l’écologie et la biologie, ne nous enseignent-elles pas que la biodiversité est une richesse incontournable à ne pas minimiser? Le concept Hôdo défend donc l’humanodiversité, car, quelles que soient nos convictions et l’expérience acquise qui différencie les gens, les clans et les peuples, les larmes sont salées et le sang est rouge pour tous les humains.
Comment les pionniers de Hodo pourront-ils y parvenir avec leur parti hodon? Il faudra pour cela éviter certains pièges, éclairer certains concepts et proposer des suggestions de solutions hodonnes.
La «biopolitique» scientifique du projet Hôdo se base sur deux axes directeurs pour appréhender les comportements sociaux pour proposer ses idées.
Le premier axe consiste à comparer les sociétés comme étant des organismes vivants au même titre que notre corps et chacune de nos cellules. Chaque organe, chaque cellule, chaque organite, chaque molécule… prennent place dans l’organisation d’un être vivant. Il n’y a pas de valeur morale ou élitiste qui place l’anus au-dessous du cerveau. Si ce dernier consomme plus d’oxygène dans le sang, ce n’est pas par privilège de dominant: c’est parce que son activité, qui est au service de tout l’organisme, requiert plus de ressources pour fonctionner. Sous cet angle, on peut mieux percevoir les relations et dépendances entre êtres vivants.
Le deuxième axe consiste à essayer de raisonner avec la rigueur d’un chercheur scientifique. Pour ce dernier, toute «vérité» communément admise par la majorité des experts dans le domaine doit être vérifiable par tout un chacun. Sinon, il s’agit d’hypothèses, certes, peut-être très intéressantes et très proches d’atteindre un statut de «vérité» scientifique, mais qui ne restent que des hypothèses.
Cette manière de concevoir la politique hodonne, conduit à avoir une attitude toujours objective et neutre entre tous ses chercheurs, quels que soient leurs opinions et leurs environnements. C’est avoir une vision humaine d’un comportement humain par des humains en quête de la connaissance des lois de la nature dont ils font partie. C’est concevoir la politique comme étant soumise aux contraintes de la nature dont l’humain fait partie, qu’il le veuille ou non.
C’est en obéissant aux lois de la nature qu’il pourra aller plus loin.
L’humain n’est pas fait pour voler, pourtant il vole.
C’est en acceptant les lois de la pesanteur, que cet humain a pu prendre son essor dans les airs.
À l’instar de la physique, qui a dû parfois patiemment démontrer ses observations contraires aux traditions, aux croyances, voire, aux théories scientifiques antérieurement admises, la psychologie avance tout doucement, mais sûrement. Reconnaître que nos instincts primaires nous gouvernent, que nous partageons une nature animale commune et que les émotions font partie intégrante de l’être humain peut égratigner notre fierté. Cela n’a rien d’évident, car cela peut aller à l’encontre des convictions religieuses, philosophiques, politiques… Alors, les sceptiques se rebellent contre ces fous de labo, ces neuromachins qui décortiquent notre cerveau, ces statisticiens qui nous ravalent à du hasard non voulu par notre superbe volonté libre de choisir. Pour eux, il faut bâillonner tous ces scientifiques froids et inhumains qui semblent vouloir faire disparaître l’«âme», cette chose indéfinissable qui est censée faire de nous la «première» créature de la Création. Pourtant, le fait de ne pas être des anges ne fait pas de nous des êtres sataniques.
Certes, il ne faut pas tomber dans l’erreur diamétralement opposée et utiliser la science comme outil de propagande. «Puisque les scientifiques l’ont dit, je suis dans la vérité, et donc vous ne pouvez pas me contredire.» Ainsi, en utilisant soit les méthodes dites scientifiques, soit les «formules mathématiques», soit l’avis d’experts «savants» surtout réputés, toute son argumentation impose un certain respect quasi divinisé qui ne tolère aucune contradiction. De toute manière, il y a toujours un contre-expert pour contester l’avis des experts. Et le moins écouté se considère comme un Cassandre, à tort ou à raison. Quant à la réputation d’un savant: on arrive même à faire dire à Einstein ce qu’il n’a jamais dit…
Hubert Reeves aurait dit à ce propos : «Notre civilisation a eu ce défaut de penser qu’on pouvait identifier la vérité en termes de mots, de concepts, de faire des crédos et d’essayer d’y convertir les gens. Au besoin, on pourrait même les obliger par la force.» C’est une lamentable histoire.
Souvent, parent, enseignant, tuteur… s’abritentderrière une certaine infaillibilité des lois afin d’asseoir son autorité. Pour cela, sans mauvaise intention la plupart du temps, il s’abrite derrière une divinité ni religieuse ni scientifique; cette divinité s’appelle tout simplement «On». Il est difficile en effet de s’opposer à «on ne fait pas cela» plutôt qu’à «je n’aime pas que tu fasses cela». Lutter contre «ON» est impossible. N’en déplaise à Pascal, qui déclare le «MOI» comme haïssable, le «ON», lui, inhibe et traumatise bien plus la psyché que le «MOI» qui s’assume son choix.
La science n’est pas une vérité en soi, même si c’est sa quête. Elle est composée de nombreuses briques supposées être plus ou moins des bases de vérité. Les chercheurs essaient d’en trouver toujours plus, mais souvent, sous une question enfin éclaircie, ils découvrent une nouvelle énigme imprévue bousculant les acquis. L’avantage de l’esprit scientifique, c’est d’être, en théorie, libre-penseur.
Les lois des sciences sont très peu nombreuses et il ne faut pas les confondre avec les théories qui sont des «voies» pour les «chercheurs». C’est dans la durée que se juge la validité d’une théorie, car elle doit pouvoir rester compatible avec les nouvelles observations qui en découleront. Elle devra résister aux expérimentations qui voudraient en démontrer son invalidité, et assurer la justesse de ses prédictions, sinon, il faut la corriger; voire l’abandonner.
Dans toutes les sciences, il y a des tâtonnements, des hypothèses, des théories, un moment adoptées, puis corrigées, voire abandonnées. Ce qui importe, c’est que la méthode scientifique et le protocole expérimental soient exempts d’influences passionnelles. C’est toute la communauté de ceux qui étudient le domaine qui cherche les voies expérimentales qui semblent les plus appropriées et correctement comprises à un moment donné. Tout chercheur est humain et donc susceptible de se tromper et d’être influencé à son insu, mais le savoir est une voie, non un terminus.
La science est avant tout une école d’humilité. Chaque scientifique est aux frontières de ses compétences, il navigue dans la pénombre qui sépare la lumière de l’obscurité. Il essaie d’étendre le jour, pas à pas, en tâtonnant, et, lorsqu’un grand pan de nuit vient de s’effondrer, il ne peut jamais être sûr qu’il ne va pas ébranler les vérités acquises.
L’humilité scientifique est indispensable pour écouter l’avis des autres sans vouloir imposer son avis, même si l’on ne partage pas les conclusions. Seule l’expérience confirmera si un choix est meilleur que l’autre. Peut-être qu’une voie intermédiaire reste encore à découvrir.
Quoi de plus normal? La science repose sur tant d’inconnues. La nature repose sur l’espace, le temps… que jamais personne n’a pu définir et qui restera sans doute longtemps indéfinissable. Ajoutons-y la vie, puis la conscience parfois assimilée à une âme ou s’interfaçant avec un Dieu, une Gaïa ou l’Univers…
Une attitude sereine de chercheur «scientifique» ou non est de dire: «Mes observations et mes mesures me conduisent à telle conclusion. Si elles sont différentes des vôtres, c’est qu’au moins l’un d’entre nous se trompe quelque part, mais peut-être aussi que chacun a découvert une facette de la vérité.»
C’est ce type de comportement qu’il faut entretenir au moins entre les pionniers de Hodo au sein du parti Hodo, et pour servir d’exemple, de modèle pour appliquer la première loi de Hôdo.
Dans l’esprit hôdon, très attaché à la «neutralité scientifique», la notion de communauté est celle adoptée en biologie. Elle représente un système au sein duquel des organismes vivants partagent un environnement commun et interagissent. Elle développe sa propre intelligence collective.
À l’instar du corps, chaque société est composée d’organes, et tous sont composés de cellules. Aucun organe, aucune cellule n’ont de privilèges sur les autres et tous ont leur fonction indispensable à l’organisme. Si un groupe de cellules est rejeté, elles peuvent se gangrener et finir par empoisonner tout le corps. Si un groupe de cellules ne veut plus se soumettre aux règles internes de l’organisme, un cancer peut se développer. Les analogies peuvent être nombreuses, mais ce ne sont que des analogies. Néanmoins, l’observation de la nature peut être d’un grand secours pour parfois comprendre ce qui se passe à une autre échelle, ou du moins s’en inspirer.
Dans la nature, il est clair qu’il y a des prédateurs qui se nourrissent de leurs proies. Par contre, à l’intérieur d’un organisme, tous les êtres qui le composent semblent contribuer à son bien-être; sinon, l’organisme devient malade ou meurt. Cela semble toujours se réaliser avec plus d’équité que dans les sociétés animales, car aucune cellule, aucun organe ne peut prendre le pouvoir au détriment d’un autre. Il n’y a pas de critères de choix pour favoriser l’un ou l’autre. Seul le stress peut aiguiller les énergies supplémentaires aux organes sollicités. Et encore, si ce stress persiste, certains organes dépérissent, et c’est l’organisme entier qui dépérit. On peut facilement imaginer que, si le «favoritisme» dans nos sociétés agit comme le stress, l’organisme devra réagir ou mourir.
Les humains ont besoin de se regrouper en clan, en tribu, en nation. Cela leur permet de créer un environnement sécuritaire, leur «terrain de chasse», qui leur permettra de vivre plus ou moins sereinement et confortablement. Les clans n’ont pas nécessairement de frontières physiques, les frontières mentales suffisent, parfois représentées visuellement par le port d’un uniforme (vêtement, décoration, tatouages…) ou par un comportement particulier.
L’esprit humain est spontanément plus négatif que positif pour la simple raison qu’il vaut mieux rester en vie afin de profiter du bien-être qu’il pourrait s’offrir. Pour cela, il faut prévenir tous les risques susceptibles de réduire le confort et abréger cette existence. Seule l’accoutumance, par les drogues et le formatage, permet d’oublier ses réflexes. Les connaître, par contre, nous permet de ne pas jouer à l’autruche ni d’être manipulés. Les émotions négatives ne doivent pas être refoulées, mais sciemment et consciemment maîtrisées.
D’autre part, l’une des qualités de l’intelligence est de regrouper les informations dans des ensembles. La catégorisation nous permet de rapidement trouver les éléments par «affinité», et notamment ceux qui sont positifs, indéterminés ou négatifs. Or, dans beaucoup de choix, l’indéterminé est la moins mauvaise des options. Elle ne se prend qu’en dernière instance.
Ces caractéristiques nous rendent plus ou moins spontanément xénophobes. Enfouir ce réflexe est aussi néfaste que le laisser débridé. C’est comme si l’on voulait enfouir au plus profond de soi toutes les pulsions sexuelles sous prétexte qu’elles peuvent conduire à une offense, voire un viol. Refouler ces comportements, c’est à la fois la porte ouverte à tous les paternalismes infantilisants ou à toutes les revendications manipulatrices qui jouent sur la culpabilité.
D’une part, la vérité et les valeurs de chacun sont enfermées dans sa boîte crânienne et, souvent, nous n’en sommes pas maîtres. Et d’autre part, l’intelligence passe son temps à trier le bon et le mauvais pour soi-même, mais il lui est tellement plus aisé de gagner du temps en utilisant le savoir des autres. Encore faut-il pouvoir faire confiance à ce savoir. Si une entité plus savante pouvait distribuer ce savoir avec certitude, cela diminuerait les risques d’erreurs. Cette entité, si elle était «divine», c’est-à-dire supérieure à notre intelligence, pourrait ne pas être contestable, mais comment est arrivé son savoir supérieur accessible à notre intelligence? Imaginons un grand savant essayant d’expliquer, par exemple, l’énergie nucléaire à une vache. Il serait obligé de faire des impasses et des approximations. Cette vache, «illuminée», pourrait se sentir obligée d’éclairer en toute bonne foi ses consœurs sur ce qu’elle croit avoir compris. Qu’auraient-elles compris de la physique nucléaire en réalité? Sauf que dans cette histoire, les vaches, c’est nous les humains. Quant au grand savant? Pouvons-nousmême imaginer ce qu’il représenterait dans cette fable, un dieu anthropomorphe?
De toute manière, ce sont d’autres cerveaux, humains qui interpréteront cette connaissance, et ceux-ci, sont-ils fiables? Certains sages, prophètes ou autres se rebellent contre ces messagers, prétendant détenir une vérité qu’ils ont eux aussi interprétée. Ces redresseurs de vérités créent eux aussi leurs philosophies qui, tout compte fait n’utilisent que la vérité enfermée dans leur propre cerveau et modelée à leur insu par leur environnement. Si l’on pouvait, il y aurait autant de schismes qu’il y a de cerveaux et, aujourd’hui, la défiance est même devenue un réflexe à la mode exploitant la Toile. Alors, où se trouve «La Vérité»?
Le cerveau découvre tant bien que mal une mode de vie lui permettant de profiter et de rentabiliser au mieux l’existence de son être tout entier. L’humain est particulièrement social, car ce «confort de vie» est devenu complexe et difficilement réalisable par un seul. Dès lors, il lui faut la collaboration d’autres humains qui auront développé les compétences adéquates. En effet, si tout le monde sait allumer un feu, mais que personne ne ramasse du bois, il y aura un problème de réalisation. L’humain développera donc une certaine forme de négociation, entraînant parfois des jeux de dominance, comme le chantage.
Le cerveau devra donc servir à la fois l’individu et ses clans. En effet, il sait qu’il a besoin d’autrui pour survivre et qu’il ne peut pas passer son temps à le combattre et le dominer.
La vie en société lui imposera le respect de certaines règles, ce qui est «bien ou mal» pour l’autre appartenant au cercle des «amis». Le premier cercle de relation est celui du foyer où se développera l’enfant. C’est le premier endroit où on lui dira: «Tu es gentil, tu es méchant.» Cet enregistrement le suivra toute sa vie, même s’il se rebelle contre ce formatage qui, de toute manière, influencera son comportement.
Par la suite, c’est l’«empathie» qui enseignera le ressenti d’autrui. Encore faut-il ne pas oublier que nous ne sommes jamais à la place d’un autre. La seule chose que l’on peut faire, c’est recopier le ressenti de l’autre en cherchant plus ou moins consciemment des similitudes dans notre expérience. Heureusement, nous savons bien extrapoler. C’est notre intelligence, dont on blâmera parfois d’autres conséquences «morales», comme l’amalgame. Or, précisément, l’amalgame est une conséquence de l’art de la catégorisation de notre pensée. Notre cerveau semble comprendre mieux que nous la théorie des ensembles. C’est logique, il passe son temps à classer ce qui lui est favorable et défavorable, ce qui est assimilé à bon et mauvais.
L’empathie n’est pourtant pas le remède miracle proposé dans de nombreux slogans idéologiques, car elle peut même servir le sadisme. En effet, elle sert autant à répertorier les dangers à éviter que les zones de fragilité d’autrui. À force de tout vouloir ranger en valeurs morales, on finit par oublier notre animalité, qui n’est ni bonne ni mauvaise, mais seulement le fruit d’une longue évolution de l’intelligence issue de presque rien.
Dans l’esprit hôdon, il vaut donc mieux utiliser la sympathie ou la compassion bouddhiste.
Comme le projet Hôdo concerne les relations entre humains, il est incontournable de parler de domination. En effet, il faut réussir à transcender les combats de dominances pour que l’humanité progresse plus loin tant en confort qu’en sagesse sans chercher à détruire systématiquement toute vie ou toute intelligence qui résiste.
Tout d’abord, il faut sans cesse rappeler cette phrase de H. Laborit dans le film «Mon oncle d’Amérique»:
«Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et, tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici, cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chances qu’il y ait quoi que ce soit qui change.»
Nous avons tous les graines de dominants, et, si nous en avons l’opportunité, chacun d’entre nous pourrait vouloir être «calife à la place du calife»2. Alors, comment détourner «l’agressivité» de certaines dominations3?
Il faut premièrement ne pas confondre maîtrise d’une compétence et gouvernance. Il faut distinguer les différentes formes de dominations, telles que celles du pilote d’un vaisseau, du chef d’orchestre, de celui d’une unité de pompiers, par exemple, des despotes et, voire, des esclavagistes. Ces derniers veulent formater une communauté à leur image ou tout simplement l’exploiter sans respect, car ils nient toute nature humaine hors celle de leur caste. Et cela, sans oublier les experts en manipulation mentale et les pervers narcissiques. Ces derniers travaillent sans éclat, dans l’ombre, car leurs blessures sont plus invisibles. Mais, elles sont aussi plus profondément ancrées dans la psyché et plus difficilement guérissables que celles résultant de violence physique.
Pour autant, tous les dominants ne sont pas des monstres à écarter, même s’il faut tirer la sonnette d’alarme de temps à autre, comme un nerf qui remonte une alerte au cerveau. Par conséquent, il faut peut-être aussi distinguer la soumission imposée de la «soumission librement consentie»4. On peut considérer cette «obéissance volontaire»5 comme une forme de loyauté. Elle s’adresse non pas à un dominant, mais à un groupe dont le bon fonctionnement est confié à un individu ou à un groupe qui a montré des qualités adéquates pour le gérer. S’en remettre à quelqu’un de compétent pour la réalisation de quelque chose requiert le respect de la première loi de Hôdo. Être insoumis ne requiert que de l’agressivité, si spontanée… L’éternel calife qui veut la place du calife…
«Sans jugement de valeur morale» ne veut pas dire que tout comportement, tout acte est «indifférenciés».
L’acte en soi, peut n’être ni bon ni mauvais, mais ses conséquences peuvent être bonnes ou mauvaises pour l’individu ou le groupe d’individus qui en subissent les conséquences dans certaines conditions. C’est comme le couteau: outils ou arme de crime? Il ne faut donc pas systématiquement attribuer une «valeur» qui conduirait à prohiber l’usage du couteau sous prétexte qu’il peut être mortel.
Les «valeurs morales» se communiquent souvent comme une forme d’héritage d’expériences qui, avec le temps et la propagation des savoirs, enrichit les us et coutumes, traditions souvent tacites qui modèlent une culture, une civilisation.
Mais, ces valeurs sont aussi exploitées par les dominants du moment, et souvent, trop souvent, n’ont aucune base sérieuse en dehors du fait qu’elles sont gratifiantes pour eux et pour leur cour. Or, les dominants possèdent souvent le charisme et les moyens de conviction pour étayer l’importance de ces valeurs. Ils peuvent même en faire des bannières derrière lesquelles se rangeront des humains pour en combattre d’autres, quitte à les massacrer.
Un acte est bon ou mauvais selon ses conséquences, c’est-à-dire s’il améliore ou diminue la qualité de vie. Et là encore, il faut être prudent et peser la part positive des gratifications des dégâts occasionnés par ailleurs, plus ou moins irréversibles, comme le font certaines drogues. Le cerveau est susceptible de se tromper par une «faille» qui fait partie de son intelligence: l’accoutumance.
C’est peu à peu que l’information trace positivement ou négativement sa route dans nos pensées. Les manipulateurs savent s’en servir en nous faisant gravir les étages par petites marches là où nous aurions refusé de sauter le mur. Mais n’est-ce pas aussi ainsi que fonctionne l’éducation?
Non contents de renforcer les acquis par la répétition, nous utilisons la justification pour renforcer nos choix jusqu’à l’assuétude. La rétroaction fait partie des mécanismes de notre intelligence pour renforcer ce qui est censé être important de son point de vue.
Notre cerveau utilise des mécanismes semblables, figeant ainsi aussi bien l’accent maternel et les premières mimiques que les croyances et les leçons de la toute jeune enfance. On s’accroche parfois à ces éléments avec l’énergie du désespoir, et pour cause : toute la stabilité de la personnalité repose en général sur ces éléments, ce qui entraîne moins de souplesse dans certaines réadaptations. Ce mécanisme est logique, car l’organisme doit pouvoir croître dans tous les sens du terme. Sans cela, il ne pourrait pas avoir de fondations sur lesquelles construire son univers et le comportement qui lui conviennent pour y vivre le mieux possible. C’est l’éternel problème soulevé: l’équilibre entre forces antagonistes, entre rigidité et souplesse, entre fiabilité et incertitudes.
La souplesse est indispensable. Elle devrait pouvoir utiliser les retours d’expériences périodiquement, car ce qui était bon dans certaines circonstances peut avoir évolué non seulement pour tomber dans l’obsolescence, mais parfois aussi pour devenir néfaste. Souvent, notre cerveau nous pousse ainsi vers une tentative hasardeuse lorsqu’on s’en remet à l’intuition.
Toutes ces considérations devraient nous conduire à plus d’humilité quant à la certitude de nos valeurs et de nos choix. Par conséquent, cela justifie encore une fois notre devoir de respect.
Un acte méchant du point de vue de Hôdo se définit comme étant un acte sciemment voulu, intrusif et altérant le bien-être de la victime ou son bien-vivre sans compensations équilibrées.
Plutôt que de culpabiliser, il vaut mieux combattre celui qui nuit, et l’empêcher de poursuivre ses agressions. Ni le tigre ni le virus ne sont méchants, pourtant, dans les deux cas, il faut se défendre pour continuer à vivre.
Ainsi, l’obligation de réparer les dommages causés par ses actes devrait être une pédagogie permettant de faire découvrir un peu ce qu’a ressenti la victime. Mais dans l’esprit Hôdo, cela ne doit pas une vengeance ni un châtiment de «droit divin».
Dans certains cas, l’isolement devrait s’imposer lorsque la menace semble persistante, voire récidivante. Des soins seraient sûrement bienvenus, mais avec quelle autorité? Encore faudrait-il accorder le choix entre la réclusion avec ou sans soin, voire accéder à la demande d’euthanasie. On devrait éviter de voir cette demande comme un châtiment suprême ou comme une fuite de ses responsabilités pour ne pas réparer les dommages. C’est plutôt la reconnaissance d’un échec irréparable de la nature. En général, le corps médical est capable d'en analyser la motivation.
En effet, tout se passe comme si les psychotropes ne pouvaient pas être les seuls facteurs à engendrer des habitudes et des dépendances. Maints instincts mal maîtrisés agissent comme des drogues avec leur asservissement plus ou moins irrépressible. La sexualité rentre peut-être dans cette catégorie. Et pas seulement la sexualité jugée perverse, mais tous les comportements sexuels.
Dans l’esprit hôdon, il vaut mieux dire de quelqu’un qui est malfaisant que c’est un «ennemi» dangereux ou un malade hostile, plutôt qu’un méchant. Ce dernier terme est trop imprégné de valeurs éthiques non fiables, car soumis à des modes de civilisation, et ce qu’on appelle civilisation n’est peut-être en fait que l’art de dominer sans violence.
La colère! Contrairement à ce que l’on pense souvent, il n’est pas sain de la réprimer. Il paraît, selon les chercheurs scientifiques dans le domaine, que refouler la colère en permanence cause énormément de dégâts sur la santé psychique et physique. En revanche, il faut savoir la maîtriser pour éviter toute montée de violence. C’est possible, mais ce n’est pas toujours facile. Que faire alors face à une colère non maîtrisée? Premièrement, respecter toute forme d’intelligence, car, chaque humain, comme beaucoup d’autres êtres vivants, peut exprimer la colère qui sert à signaler une blessure plus ou moins profonde et douloureuse. Respecter la colère de l’autre peut être difficile, et c’est pourquoi être hôdon revient à être déjà modérateur. Mais cela aussi doit s’apprendre, car, à l’instar des arts martiaux qui, par leur entraînement gravent des réflexes d’autodéfense, il faut aussi acquérir ceux de la médiation. En effet, en général, ce n’est pas à la dernière minute, face à une urgence, que l’on peut trouver facilement comment réagir et éteindre l’incendie.
Toute la création, comme l’a analysé le taoïsme, est un subtil équilibre en constante évolution entre deux forces opposées. L’univers physique entier, et dans chacune de ses composantes, oscille entre forces attractives et répulsives. Et nous sommes le résultat de ces jeux de forces et de ces «tâtonnement» d’un équilibre à l’autre.
Il s’ensuit donc que, du point de vue de Hôdo, il n’y a pas de partis mauvais ou bons. Il y a des décisions à prendre entre des options, comme appuyer sur le frein ou sur l’accélérateur. Ce sont les circonstances qui imposeront les choix, et souvent les doutes. Être hodon, c’est accepter la coexistence de ces tendances sans jugement de «valeur» tant qu’elles respectent les lois fondamentales de Hôdo. Être hodon consiste à éviter de taxer le frein d’«idiot» et l’accélérateur de «méchant», c’est s’abstenir d’adopter un comportement paternaliste ou démagogique en jouant sur les valeurs éthiques d’origine religieuse ou non.
Par conséquent, il semble évident que le Projet Hôdo s’intègre plus facilement dans les partis dits centristes, qui incluent dans leur gouvernance toutes les tendances partisanes. Pour bien gouverner dans l’esprit hôdon, il faut savoir freiner et accélérer, tourner à gauche ou à droite tout en conservant un cap qui lui aura été confié. Pour cela, le parti Hodo ne doit pas prôner un «centre» figé, mais plutôt un équilibre dynamique. Cet équilibre ne favorise ni ne rejette aucune tendance, mais trouve les points de consensus et les met le plus possible en œuvre.
La neutralité pour un psychanalyste, c’est l’attitude objective et sans préjugés qu’il se doit de conserver dans toute interprétation. C’est cette neutralité que prône le projet Hôdo afin de pouvoir respecter autrui. Être neutre permet d’avoir le recul pour être rationnel et avoir la notion de la justesse de la mesure.
Pour cela, il faut éviter de tomber dans les classifications moralisatrices de pauvres malheureux ou de méchants dominants. Il y a des intelligences qui ont évolué de manières différentes dans des contextes différents que chaque nouveau-né n’a pas choisis. À cela s’est ajouté le hasard de la vie, qui pénalise ou favorise l’un comme l’autre. Le parti Hôdo devra choisir les outils pour assurer ces notions que sont la solidarité et la liberté tant qu’elle respecte la première loi de Hôdo. Cette loi doit être respectée en toutes circonstances, même si c’est un adversaire éventuellement hostile. Dans tous les cas de figure, les positions doivent toujours être claires et non démagogiques ni électoralistes.
À noter que traiter quelqu’un d’hostile en «ennemi» est plus constructif pour les deux partis. Culpabiliser risque de conforter l’impression de victime incomprise, surtout si les critères de jugement ne sont pas identiques aux autres cas semblables et s’ils sont ressentis comme une injustice, résultat d’un «deux poids, deux mesures». Quant à traiter les gens d’incompétents, pour ne pas dire moins, cela ne fera que les blesser plus et les conforter aussi dans l’idée qu’il faut faire ses preuves pour prouver le contraire. Cela sera souvent le début de l’ancrage des préjugés, surtout si celui qui essuie le mépris enchaîne maladresse sur maladresse, pris dans l’engrenage du stress, ce qui est destructif pour l’intelligence de la victime.
Traiter quelqu’un en «ennemi», c’est lui signaler que son comportement est nuisible à l’individu ou au groupe qui en souffre et donc qu’on le combattra s’il ne cesse pas son hostilité, même involontaire. Cette attitude présente l’avantage de l’honnêteté. De plus, puisqu’elle est transparente, elle permet la négociation, celle de réciprocité du respect de l’intelligence et celle du droit à la paix, c’est-à-dire à un refuge pour chacun. Il ne faut pas non plus que ce repli se transforme pour l’un comme pour l’autre en prison ou en avant-poste.
Être hodon, c’est ne pas dominer ni par la violence, ni par le mépris, ni au moyen de toute forme de manipulation, c’est respecter l’esprit professé par les Amérindiens: «Ni dominant ni dominé».
L’amour n’est pas une émotion simple et banale que l’on peut servir à toutes les sauces. Il faut une très grande confiance à l’autre pour lui livrer ses points fragiles, son intimité, donc son ultime abri. Parler d’amour entre inconnus ou entre populations n’a donc pas de sens, car cela voudrait dire que nous avons l’imprudence de nous offrir sans protection à tout venant.
Donc, clamer l’amour entre peuples, c’est encore plus illogique. On peut aimer des membres d’un autre peuple, ou de n’importe quel groupe humain, et ce n’est pas pour autant que les personnes aimées représentent leur population. Imposer l’amour d’une autre population reviendrait à imposer un mariage forcé entre inconnus.
Bien sûr, on peut avoir des sympathies pour une civilisation dont on partage certaines «valeurs», mais cela n’implique pas de l’amour. C’est un slogan, un cache-misère, une extrapolation qui sert souvent plus à cacher précisément une déficience de synergie. Là aussi, l’esprit hôdon veut dépasser ces notions de jugement de valeur cette fois entre civilisations. Aucune n’a le privilège de dire qu’elle est meilleure que l’autre, et aucune ne doit se sentir méprisée ou bafouée. Chaque peuple à son histoire, lié à son environnement dans lequel une multitude d’humains, tous semblables en structure et différents en vécu, ont accumulé leur savoir pour vivre ensemble le moins mal possible dans une niche environnementale donnée. Et chaque civilisation au total contribue à sa manière à la grande Histoire de l’Humanité.
Ce n’est pas de l’«amour» qu’il faut entre peuples et communautés en général, mais du respect de toute forme d’intelligence. L’incontournable première loi de Hôdo!
Le système social est tellement «chaotique» au sens mathématique du terme que les membres d’un groupe, de quelque dimension que ce soit, se soumettent à des règles et des codes. Ces règles et codes permettent d’assurer les échanges entre membres et parfois entre sous-groupes.
Ces échanges concernent les aspects aussi bien physiques que cognitifs, comme le langage, les normes de construction collaborative, le négoce, l’hygiène, l’écologie locale… et surtout la paix.
De très nombreuses règles de courtoisie, sinon toutes, de manière plus ou moins directe, ont une relation avec la paix, que ce soit en paroles ou en comportements, que ces derniers soient gestuels ou décoratifs. Beaucoup de ces règles sont adoptées de manières mimétiques, et commencent dans le noyau familial, puis s’enrichissent par la suite au contact des autres membres de la société par imitations ou apprentissage.
Pour s’assurer que les messages de paix ou d’hostilité sont bien transmis et perçus, il est nécessaire d’en figer les règles à la fois pour éviter de reconstruire la bonne interprétation à chaque échange d’informations.
Ces «lois» sont donc confiées en général aux dominants de la tribu, du clan, d’une région, pour qu’ils aient l’office de gardiens et d’interprètes. De plus, il leur incombera fort probablement de faire respecter ces règles. Et, comme ce sont des dominants, ils en profiteront souvent pour édicter leurs «lois», car c’est l’une de leurs spécificités, imposer leur volonté, donc leurs règles, qui deviendront celles de la communauté qu’ils sont censés protéger. Pour réaliser cela, le dominant choisira presque toujours le clan qui l’a hissé au pouvoir et s’arrangera pour transformer sa vérité en Vérité incontournable. Pour cela, il s’abrite en général derrière des «fois» religieuses ou philosophiques. Au passage, ces «fois» peuvent revêtir en tant qu’idéologie toutes les formes de sociétés : conservatrices ou progressistes, très hiérarchisées ou anarchiques…
Tous ces choix sont, qu’on le veuille ou pas, logiques pour ceux qui les font et les imposent, par la force ou par la ruse, c’est-à-dire la manipulation, en général démagogique ou culpabilisante. Et cela, sans compter que, souvent, une communauté a besoin de loyauté, de confiance, et donc, croit obéir volontairement et non aveuglément, sans savoir si l’on y porte un collier de fer ou un harnais de velours. On sait souvent qu’on porte le premier, on ignore souvent si l’on a le second. C’est tout l’art de la manipulation.
Il faut toujours se méfier des censures et des tabous. C’est une manière de mépriser le libre arbitre et de déconsidérer les responsabilités. C’est surtout très dangereux de cacher la vipère sous l’oreiller.
L’esprit hôdon prétend que personne ne peut se vanter de détenir la vérité. Aussi, il prône toujours l’humilité scientifique et la libre pensée. Mais, la libre pensée ne doit pas être confondue avec une volonté de douter systématiquement d’autrui, et encore moins de le contester en permanence. Elle consiste plutôt à être capable de remettre en cause ses convictions ou habitudes si les faits semblent prouver le contraire, et d’être capable de laisser quiconque réexaminer sans tabous ni préjugés une vérité établie.
Autant la libre pensée est une voie souveraine de non-soumission aveugle et de créativité, autant le déni de participation peut être nuisible au bien-être de la collectivité. La liberté de pensée ne doit pas se résumer à vivre en brandissant la bannière du «j’ai le droit de…», car l’autre a tout autant raison de brandir la sienne «moi aussi, j’ai le droit de…». Sans concessions, seule la loi du plus fort l’emportera. La liberté absolue a toujours un prix: celui d’éradiquer ce qui va l’en empêcher, ce qui implique toujours ripostes et revanches jusqu’à la domination, voire la disparition, de l’un des opposants. En même temps, la synergie impose l’obéissance à des règles sociales. Or, qui dit «règles sociales» dit «soumission librement consentie», même si l’on n’a pas contribué à leurs existences.
À l’exception de la «manne du ciel», tout est négocié entre humains. Tout est donnant-donnant dès l’instant où il n’y a pas vol. Et tant que l’échange est gagnant-gagnant, il n’y a pas d’abus. Le sentiment de justice est maintenu à ce prix et sans ce sentiment, il n’y a pas de sérénité, donc pas de paix.
Ce qu’il faut retenir au sein de ces contraintes, c’est que l’intelligence se développe plus quand elle doit s’affronter à un obstacle et réussir à le surmonter ou le contourner. On se grandit quand la difficulté est vaincue, à condition évidemment que cette difficulté ne soit pas de rabaisser autrui. On se grandit quand on crée et non quand on détruit. S’impliquer selon ses compétences, quelles qu’elles soient, grandit la société. Nous sommes comme les cellules qui constituent un organisme, un corps vivant et complexe. Lorsque ces cellules font ce qu’elles veulent, alors le cancer risque de s’installer.
La neutralité conduit à penser aux extrêmes. Qu’en est-il dans l’esprit hôdon qui s’impose de respecter toute forme d’intelligence?
Si l’on considère la répartition d’un tas de sable sur le sol (ce qui donne une courbe gaussienne surnommée «cloche»), il y a toujours des grains qui s’étalent à gauche et à droite. Les enlever ne changera pas la forme de cloche, car automatiquement si l’on touche au tas de sable celui-ci va se restabiliser et faire glisser des grains vers ses nouvelles extrémités. Dans une répartition au hasard dépendant de très nombreux paramètres comme dans notre pensée, il y a fréquemment cette forme de distribution. Ce qui ne serait plus du hasard pur, ce serait que ce tas de sable ait la forme d’un cylindre droit comme s’il était bétonné ou enfermé dans un tube. Dans ce cas, on se retrouverait dans une situation de pensée unique. Et pourtant, même ce cylindre à des extrêmes: sa périphérie. Faudrait-il l’éradiquer comme si l’on voulait arracher la peau parce qu’elle nous démange? Et dans ce cas, pourquoi ne pas briser le squelette puisqu’il est rigide?
De plus, en général, la répartition statistique de l’ensemble sociopolitique est la représentation des états que peut prendre chaque membre constituant l’ensemble, et ce pour chaque antagonisme: progressisme/conservatisme, dirigisme/libéralisme, fédéralisme/séparatisme, dictature/acratie, discipline/anarchie, etc.
Dans tous les cas, où les choix peuvent donner des nuances de gris entre le noir et le blanc, il y aura toujours des extrêmes. Et dans tous les cas où ces choix dépendent de très nombreux facteurs, il y aura toujours des valeurs moyennes qui s’imposent statistiquement en nombre au sommet de la courbe gaussienne. Les catégories moyennes (et non les «classes moyennes» au sens sociopolitique du terme) se comportent comme des amortisseurs à tout type de changement et non comme des freins bloquants. En revanche, il n’est pas rare de voir des dominants vouloir déplacer le centre social vers leur centre, leur «vérité».
Des expériences comme celle de Milgram montrent à quel point on peut basculer vers un extrême. Si ces extrêmes deviennent trop importants en nombre, c’est qu’ils ont absorbé des membres d’une couche médiane. Les apports viennent précisément de ces couches dites «moyennes» avec souvent un certain préjugé derrière le terme, un préjugé précisément en opposition avec le concept hôdon. Un préjugé qui devient manipulation en tentant de pousser les «moyennes» hors de leur «médiocrité» vers plus de radicalisme.
Si les extrêmes «augmentent» en importance, nombre ou pouvoir, c’est parce que le contexte, toujours incomplètement prévisible, pousse l’ensemble vers une solution, un peu comme le mouvement de la dune qui suit le vent. Ce n’est pas l’extrême qui attire la masse, c’est l’environnement qui la pousse. Étudier cet environnement permettrait de mieux comprendre pourquoi la dune se déplace.
Tout comportement répond à un contexte. Toute cause a un effet. Le problème, c’est quand on se concentre trop souvent sur l’effet, en oubliant souvent la cause, ou les causes, car elles sont souvent multiples. En fait, on se retrouve devant un «système chaotique» composé de nombreux humains, eux-mêmes dotés d’un très grand nombre de neurones imprégnés de tant d’expériences différentes.
Chercher la cause? Dans toutes organisations vivantes de toute taille, il y a toujours le besoin de protéger sa structure. Pour cela, il y a toujours des zones périphériques plus sensibles, des indicateurs de dangers en fait, qui sont par leur nature défensive, «xénophobes», prêts à alerter toute menace pouvant altérer sa structure et par conséquent sa vie. Les êtres vivants, des cellules aux sociétés, en passant par les humains, se dotent en interne de polices, de gens d’armes, à l’intérieur et aux frontières. Tout mélanger pour cacher certaines nocivités sous prétexte de refuser l’amalgame, c’est in fine, favoriser les allergies même devant ce qui n’est pas nocif.
Tout l’art de Hôdo sera de bloquer toute nocivité tout en respectant l’intelligence de celui qui est hostile, afin de découvrir ce qui pourrait le transformer sinon en ami du moins en allier pour grandir ensemble.
«À tous les niveaux d’organisation du vivant, seuls survivent, et se survivent, les associations à avantages et inconvénients réciproques et partagés.»6
L’idéal serait peut-être que l’esprit hôdon soit celui d’un organisme tel que l’ONU. Une telle charte est pensée pour être ouverte à toute l’humanité, sans préjugés culturels ou philosophiques, et sans soumissions contraintes ou forcées.
Être accueillant ne veut pas dire accepter tout envahissement. Et ne pas être assujetti n’implique pas non plus de s’ingérer dans les affaires d’autrui pour prétendument anticiper une invasion.
Il ne faut pas être utopique pour autant. Des agressions, il y en aura toujours, car nous sommes fabriqués pour nous approprier à moindres frais le «confort» auquel aspire notre être et l’agression est une solution de facilité qui nous est offerte dans nos mécanismes. Mais être hôdon, c’est croire qu’il est possible de gérer cette agressivité pour qu’elle soit le plus possible constructive et non destructive, car notre intelligence est prévue pour contourner des difficultés et trouver des solutions. Mais aussi, souvent, on ne peut y arriver seul, sans l’aide d’un modérateur dans tous les sens du terme. Ce modérateur peut être aussi bien une personne, qu’un groupe. D’ailleurs, chaque groupe en soi se comporte comme un «modérateur» sur chacun de ses composants. On peut réellement comparer ces modérateurs comme des bains de fluides plus ou moins visqueux au sein de gradient de température plus ou moins marqué. Plus les écarts de températures sont grands, plus le fluide est agité, mais plus il est visqueux, moins c’est violent.
Cette viscosité est souvent maintenue par la stabilité des classes moyennes qui entretiennent des us et coutumes.
Cette attitude conservatrice maintient une paix relative, et freine les évolutions tant qu’il n’y a pas de contraintes fortes. Ces contraintes fortes ne sont pas nécessairement scientifiques, loin de là. Ce sont souvent des lois imposées par ceux qui veulent grimper dans leur idéologie, ceux qui veulent tout bousculer pour y arriver, ceux qui veulent garder la domination et qui font tout pour la garder envers et contre tous.
C’est l’une des raisons pour lesquelles l’esprit hôdon veut se comporter comme un catalyseur au sein de toutes les communautés existantes, un simple partisan du remue-méninges qui ne cherche pas à s’imposer. Il respecte ainsi ses trois lois fondamentales. Pour cela, il faut pratiquer une neutralité en religion et en philosophie, sans tomber dans des attitudes militantes et activistes des «antitout» ou des «prorien».
Être hôdon, c’est non seulement adhérer à ces trois lois, mais c’est surtout et avant tout vivre en fonction d’elles. C’est aussi être libre de gérer sa pensée tout en accordant sa confiance à d’autres. En effet, on ne peut vivre sans déléguer et s’en remettre à ceux qui dominent mieux que soi un thème, quel qu’il soit. C’est être capable de faire marche arrière et changer de cap quand les faits montrent que nos choix n’étaient pas des plus judicieux… C’est avant tout être maître de soi. Une qualité qui se conquiert chaque jour de sa vie, tant que le cerveau en a la capacité.
Mais c’est aussi être particulièrement humble, car chacun a cheminé dans ses propres pensées avec ses propres interrogations et ses propres réponses.
Être hôdon n’implique pas d’appartenir ou pas à une philosophie, c’est suivre un projet comportemental. Les associations de Hôdons, non qu’un but: améliorer le projet pour tenter de diminuer les tensions entre personnes et populations et, au contraire, pour augmenter la synergie créatrice pour le bien de tous. C’est tendre vers cet objectif de manière rationnelle, et non subjective ou émotionnelle.
La meilleure image d’organisation qui correspondrait à un tel groupe serait celle du cerveau. Aucun neurone n’est «chef», et le cerveau n’est pas monolithique. Il est partagé en zones plus ou moins spécialisées qui coopèrent avec les autres. Et, comme nous ne sommes pas aussi futés que notre cerveau, dont on ignore trop souvent ses compétences, il est évident, qui y aura des animateurs et des présidents de séances. Mais cela doit être au cas par cas.
Un regroupement peut être nécessaire, même juste pour se rassurer et s’encourager mutuellement à croire en quelque chose qui ne reste pas qu’une utopie. Revêtir l’appartenance à un parti politique, le Parti Hodo, constitue alors peut-être le seul recours.
Dans toute organisation vivante, et les sociétés sont des «organismes vivants», on peut trouver ces interactions biologiques:
– le mutualisme: association bénéfique entre deux espèces vivantes, que l’on dénomme symbiose lorsqu’elle devient obligatoire;
– le commensalisme: association entre deux espèces dont une seule tire profit sans pour autant nuire à l’autre;
– le neutralisme: absence d’interaction entre deux espèces;
– la compétition: interaction directe ou indirecte, de type compétition pour une ressource non partageable ou insuffisante en quantité;
– le parasitisme: association étroite entre deux espèces vivantes dont l’une, dénommée l’hôte, héberge la seconde qui vit à ses dépens; à l’extrême, la prédation peut conduire à la mise à mort de l’«hôte».
Que faire dans ces derniers cas? Que faire lorsque deux «ennemis» s’affrontent? Selon la deuxième loi hôdonne, il faut que chacun ait droit à son abri. La solution privilégiée serait donc de renvoyer chaque ennemi chez lui et de ne pas s’ingérer dans les affaires d’autrui, sauf en tant que modérateur impartial. Cela correspondrait à l’esprit hôdon. En effet, celui-ci respecte toute forme d’intelligence sans chercher à attribuer de «bons points» et à classer les «méchants» à droite et les «gentils» à gauche. Contrairement à beaucoup de courants, l’esprit hôdon n’est par contre pas pour la réunion forcée des gens et des groupes. La synergie n’implique pas la fusion forcenée de tout. Ce serait comme indifférencier les organes de notre corps. Chaque organe a sa place, son rôle. Certains interagissent en permanence avec les autres organes, voire tout l’organisme, comme le sang, d’autres interagissent moins ou plus discrètement ou avec des organes précis… Chaque société pourrait être un organe de ce corps qu’est notre planète, et, comme chaque organe, être plus ou moins perméable et ouverte aux échanges.
L’esprit de groupe impose souvent le besoin de se réunir. L’humain semble essentiellement tribal. Dans l’esprit hôdon il est concevable qu’un clan se referme sur lui-même pour se protéger de l’extérieur. Cela, évidemment, à condition que chaque individu du clan puisse en sortir et y revenir, c’est-à-dire qu’il reste libre de pouvoir fuir. En effet, il ne semble pas respectueux de l’intelligence de ses membres de les empêcher de quitter le «cocon» protecteur.
En période de conflits, il semble incontournable de parfois devoir fermer les portes ou les frontières à une communauté «hostile» tant que dure l’hostilité. «Tant que dure l’hostilité», encore faut-il peut-être penser dès le départ à une issue qui n’est pas basée sur la victoire, mais sur la paix.
Autant l’attitude hôdonne se refuse à toute ingérence, autant elle est en faveur de la séparation des belligérants. La médiation ou l’interposition qui s’en suivrait ne peut avoir comme but de modifier à la place des antagonistes la politique qu’ils combattent ou qu’ils soutiennent. Elle devrait se résumer à éviter les conflits armés, et à faciliter la recherche d’une solution gagnant-gagnant, quel que soit le temps mis pour y arriver.
Peut-être, faudra-t-il instaurer une bande neutre pour cela. Seuls des gens neutres issus de ces régions en conflit pourraient en suggérer la création et la maintenir. En effet, ce n’est pas aux Hôdons d’autres régions d’imposer leurs conceptions de la vie dans un environnement qui n’est pas le leur. Par contre, la neutralité de ceux qui se revendiqueraient de l’esprit hôdon les prédisposerait à participer à ce genre de médiation.
La notion de havre de paix est indispensable pour la survie en tout milieu hostile. Or, l’humain ne pouvant vivre aisément en solitaire aura besoin d’étendre cette notion avec d’autres avec qui les sources de conflit seront diminuées. Cela se fera, en partageant un certain modus vivendi. Ainsi, le refuge où l’on retrouve sérénité, vigueur et harmonie recouvrira toutes les sphères de la «niche» du «chez-soi» du solitaire, du foyer, jusqu’aux grands rassemblements de sous-ensembles, tribus, clans, peuples, nations…
Si le territoire est occupé, l’occupation se fait très souvent en chassant l’hôte qui y est, sinon dans le meilleur des cas, en partageant son espace, avec des comportements allant du mutualisme au parasitisme. Et si ce territoire est inoccupé, mais déjà approprié, il y aura souvent un «loyer» à verser, mais le «squat» existe aussi… Enfin, toutes les invasions ne viennent pas nécessairement de l’extérieur. Un cancer trouve sa source dans l’organisme, même s’il a été engendré par des agents extérieurs.
Si le territoire appartient déjà à quelqu’un, peut-on l’en déloger pour avoir un «chez-soi»? Et si tout appartient à quelqu’un, où aller? Peut-on même se déplacer d’un point à un autre?
En réalité, à qui donc appartient un territoire?
L’expérience et l’observation montrent que, finalement, c’est toujours la loi du plus fort qui marquera et délimitera la propriété privée. Mais la force physique peut être contournée par l’intelligence. En effet, l’une de ses tâches est d’essayer de dépenser moins d’énergie qu’on en gagne, car les êtres vivants sont des «mangeurs» de matière et d’énergie. Grâce à cela, les plus «rusés» détourneront le pouvoir de la force physique, parfois violente, par de nombreux moyens. L’argent est l’un de ces moyens, qui représente une valeur que l’on pourrait résumer par: «Cela m’a coûté autant d’effort pour l’obtenir et je désire au moins en récupérer l’équivalent.»
La possession d’un territoire occupé est donc le résultat d’une conquête, par la force, le marchandage ou la manipulation, sauf dans un cas, le plus nombreux, celui de la naissance. Le nouveau-né est automatiquement, non seulement chez lui, dans son foyer, mais aussi dans son clan, sa tribu, sa patrie. Mais là, on touche parfois un autre problème: celui de la vengeance entretenue pour chasser ainsi les héritiers coupables de la faute de leurs ancêtres. Personne n’a demandé de naître, alors pourquoi serait-il accusé d’être né quelque part, dans un environnement physique, biologique, culturel, historique…?
Cet espace est absolument nécessaire pour assurer la sérénité, car il est indispensable de pouvoir se reposer, faire des trêves, récupérer même en dehors du droit à la fuite et à l’évitement.
Ce droit est incontournable pour assurer la première loi de Hôdo, à savoir, respecter toute forme d’intelligence.
Les études comportementales observent que l’humain a besoin d’une sphère d’intimité, une sorte de volume qui maintiendrait à l’écart toute possibilité d’agression tant physique que psychique. La proxémie est très importante pour étudier les sensations de bien-être des humains entre eux en fonction des distances occupées dans les relations. Il ne faut pas la confondre avec l’espace vital.
La sphère intime n’est pas qu’un espace de contact plus ou moins rapproché. Il a été observé que ce dernier varie d’une population à une autre et probablement d’un environnement géologique à l’autre. La promiscuité semble une gêne pour tous, mais à géométrie variable, à la fois selon les us et les coutumes, les buts du contact et les circonstances opportunes, même fugitives.
Cette sphère protégeant à la fois le corps et l’intelligence a plusieurs frontières en fonction des interactions et des signaux échangés. Or, qui dit «signaux» dit aussi «intelligence pour les interpréter», donc l’influence de la culture de la niche environnementale. Cela peut devenir source de tension, entraînant, par exemple, de replis communautaires.
Les frontières qui délimitent l’espace visuel ou auditif peuvent fortement varier, et elles ne sont pas nécessairement délimitées par des surfaces comme des murs statiques. Par exemple, pour le bruit qui est plus ou moins gênant selon les populations, en plus des caractéristiques personnelles, c’est le niveau sonore, le rythme, la fréquence, les circonstances… qui délimitent le seuil de l’intrusion sonore. Parfois, les frontières sont purement visuelles et donc peuvent s’étendre aussi loin que la vue le permet. Et pour limiter ces indiscrétions, les vêtements ont souvent un rôle de décence, en plus de celui de protéger physiquement des désagréments de la nature.
Respecter cet espace est partie intégrante de la deuxième loi de Hôdo. Tout humain sur la planète devrait avoir ce minimum de sphère d’intimité, complètement personnel et à l’abri de toute intrusion. Chacun devrait être libre d’ouvrir ou de fermer ses portes et personne n’aurait le droit de forcer autrui à changer ses filtres. L’atteinte à ce droit serait viol ou harcèlement.
Personne n’aurait le droit de s’immiscer sans autorisation dans un refuge. Cependant, qui devrait intervenir si l’on constatait ou déduisait qu’un membre d’un refuge était retenu en captivité ou en danger? Comment agir?
À cause de sa nature fragile et de son intelligence lente à développer, car complexe, l’humain est longtemps soumis au partage des sphères intimes de ses parents. Il sera à son tour obligé de se mêler à d’autres sphères intimes lorsqu’il procréera.
L’une des caractéristiques de l’apprentissage de l’humain et de nombreux animaux est le mimétisme.
L’enfant mime rapidement ses parents, et le cerveau semble être doté de zones fortement spécialisées pour s’acquitter efficacement de cette tâche. C’est logique, vu la complexité de l’information à traiter depuis l’acquisition par les sens, puis la transposition de ces signaux dans le «moi», pour enfin piloter les muscles adéquats. Il arrive même souvent qu’un enfant mime des choses que les parents n’ont pas conscience de porter à la connaissance du petit cerveau.
Ces imitations engendrent toute une série de comportements qui seront des us et coutume d’un clan. Ces coutumes engendreront de véritables règles de savoir-vivre qui pourront avoir de nombreuses incompatibilités avec celles des autres clans.
Mais avant d’interagir avec d’autres clans, il en faut pas oublier que le clan familial est le premier lieu où s’applique l’usage des règles sociales. C’est le premier endroit où s’applique le «choc comportemental», qui plus tard deviendra le «choc des cultures».
Le clan familial est la première source d’information qui est à la base de tout le comportement appris dans le futur, même si cette base sera contestée ou même reniée. La contestation semble systématique et plus marquée à partir de certains âges, liés sans doute à une recherche de plus grande autonomie, donc de prise de pouvoir pour changer de main la domination. C’est peut-être un comportement préétabli dans le cerveau pour se forcer à toujours aller de l’avant vers des solutions inexplorées. Ce qui est remarquable à retenir, c’est que le rejet se fait en opposition à l’acquis, c’est-à-dire qu’il dépend de toute manière de l’acquis précédent. En un mot, l’«anti-quelque-chose» peut être tout simplement le miroir du «pro-quelque-chose», et inversement. Ainsi, ce jeu de miroir n’aura gagné aucune liberté, car le droit de faire le contraire deviendrait un devoir. Les chaînes et les boulets ont changé de côté.
Mais qu’importe, l’oisillon ne reste pas dans son nid dès l’instant où il se sent capable de voler. L’humain fait de même et cherche de nouvelles relations, au départ, dans un clan incluant sa famille, puis, peu à peu, vers de nouveaux horizons à la recherche de son havre de paix.
À tous les niveaux de la vie, des éléments distincts se réunissent pour fabriquer des groupes qui œuvreront en commun dans des groupes encore plus grands. C’est comme les quelque 200 types de cellules qui constituent des tissus, des organes, des fluides… dans notre corps. Et c’est ce corps lui-même qui va s’associer avec d’autres humains pour créer des associations, des équipes de travail, des villages, des régions, des pays… l’Humanité.
L’association de deux groupes est censée apporter de nouveaux éléments à chacun. Or, certains éléments ne sont pas partageables définitivement ou en simultanéité. On ne peut s’asseoir sur la même chaise au même moment, on ne peut définitivement plus manger le grain de riz avalé et digéré par quelqu’un d’autre.
L’envie et la jalousie peuvent conduire à vouloir s’approprier de ces possessions. C’est là que la domination «néfaste» intervient avec ses différents masques. Violence ou charme sont utilisés avec la même optique : réduire au silence toute résistance au partage même provisoire. Parmi les charmes utilisés pour dominer et soumettre autrui, il y a l’«amour». Aux mains d’un manipulateur, le résultat ne sera pas celui idéalisé par le mot «amour», qui sera un leurre attirant et aveuglant dans un premier temps avant de devenir un piège obscur et culpabilisant. C’est souvent ces chaînes qu’il est le plus difficile de briser. Pour éviter cette situation, les associations requièrent souvent une discipline interne pour mener à bien leur projet.
Lorsqu’un individu souhaite rejoindre un groupe, il lui est souvent demandé de respecter les lois de ce groupe et cela peut conduire à des contrats à respecter.
Lorsqu’un groupe s’associe à un projet, il est souvent nécessaire, voire incontournable, de conserver un ou plusieurs chefs d’orchestre avec leur hiérarchie respective. Ils géreront leurs règles propres, pour s’adapter aux besoins de l’alliance.
Du point de vue hôdon, il est évident que l’appartenance à un projet est libre, volontaire et consensuelle.
Toute alliance spécifie des contrats qui seront acceptés par celui qui la rejoint. Qu’il s’agisse d’une nation, d’une entreprise, d’une équipe sportive… Tous les contrats devraient toujours décrire explicitement la rupture de contrat, et donc la sortie de l’association. En effet, dans l’esprit hôdon, personne ne peut se retrouver piégé, pieds et poings liés à une organisation, quelle qu’elle soit. Mais tant qu’un membre appartient à cette organisation, il est censé respecter ce contrat qui définit l’existence même de cet ensemble.
Une association, quelle qu’elle soit, peut être considérée comme un ensemble au sens mathématique du terme. En effet, une association est un ensemble qui peut contenir d’autres ensembles qui répondent aux mêmes définitions en général, mais peuvent avoir des règles supplémentaires en interne.
Si un membre ne souhaite plus en respecter des règles, il peut œuvrer de manière hôdonne. Il peut tenter de les faire évoluer de manière constructive et consensuelle. Il peut aussi quitter l’association pour en rejoindre une autre qui lui convienne mieux, ou en fonder une autre.
Si une règle de cette association change, ce qui est logique pour des entités dynamiques, les membres peuvent de fait ne plus devoir faire partie de l’association. On est ramené au cas précédent, avec une question importante en plus, si cette association inclut le refuge d’une personne et donc l’abri physique.
Quoi qu’il en soit, maintenir de force un élément dans un ensemble serait en contradiction avec l’esprit hôdon. En même temps, le droit à l’abri est inaltérable dans l’esprit de Hôdo et doit toujours être résolu. Dans ce cas, la question est de savoir comment séparer les entités en désaccord du point de vue hôdon: divorce, bannissement, emprisonnement, soumission… sachant que chaque association a ses traditions entretenues par une majorité de ses adhérents.
La séparation semble la solution la plus simple et celle qui peut offrir un statut gagnant-gagnant, la moins incompatible avec l’esprit hôdon. C’est curieusement l’option la moins choisie par certains dominants qui veulent toujours avoir un grand nombre de sujets soumis. Et cela concerne tous les humains, toutes les associations, toutes les sociétés, toutes les cellules sociales, car la tyrannie peut exister aussi bien dans un État que dans un couple.
La rupture ne devrait pas dégénérer automatiquement en conflit, même si elle revendique et réclame une forme d’autonomie dans les choix de vie et de cohabitation. Ces choix sont parfois difficiles à réaliser pour de nombreuses raisons. L’une des premières est le rejet par l’un des protagonistes de la séparation.
Si cette attitude et les conflits qui en découlent sont incontournables à cause de notre nature humaine naturellement dominante, il est malheureux qu’elles soient exploitées par d’autres intervenants, des dominants qui veulent profiter de la situation. Dans l’esprit de Hôdo, il faudrait trouver des solutions avec des médiateurs et des créateurs de solutions consensuelles. Ils auront pour tâche de mettre en avant la richesse de la diversité et celle de la synergie, qui peuvent prendre de nombreuses formes sans aboutir à des guerres trop souvent mortelles.
La séparation de type divorce n’est jouable que si chaque partie conserve son abri socioculturel dans lequel se trouve son refuge. Peut-être faudrait-il parfois considérer la signification et l’application chinoise de l’expression «Un pays, deux systèmes». Mais que faire si le conflit menace la structure qui héberge le dissident? Le bannissement semble être une solution à condition de toujours respecter les deux premières lois de Hôdo. Il faut s’assurer obligatoirement que l’exclu a bien toujours un abri tant privatif que social. Une solution serait de permettre, voire d’aider, le banni à rejoindre une autre association qui lui proposerait un refuge.
Ensuite, ce choix ne doit pas être irrévocable et surtout pas moralisateur. Il s’agit uniquement d’écarter ce qui est source d’agression tant qu’un consensus convivial n’est pas atteint.
L’exclusion d’un membre peut s’avérer impossible. Alors, à défaut de ne pouvoir offrir un abri dehors, il faudrait se résoudre à offrir un abri dedans, donc en arriver à une sorte d’incarcération ou de placement en résidence surveillée en guise de «quarantaine».
De plus, l’emprisonnement peut être indispensable pour maintenir en «quarantaine» un individu dangereux pour la société, mais il faudrait considérer avec circonspection la notion de dangerosité. Dans l’état actuel, le flou dû à l’absence de réflexions scientifiques débarrassées de toutes émotions moralement politisées impose une certaine prudence quant aux concepts de détention et de sa motivation. Pour Hôdo, autant que possible, il faut être en mesure de «soigner» dans ces lieux pour permettre un retour dans la société. Mais là aussi, il faut vraiment savoir ce que signifie la notion de «soigner».
La «quarantaine» devrait aussi être proportionnelle aux récidives. En effet, il est impossible de prévoir avec certitude quelle sera la qualité de resocialisation d’un individu. Il s’en suit, malgré toutes les précautions prises pour la réadaptation et la libération, que la personne peut rechuter dans un comportement néfaste. Une idée serait de multiplier chaque fois par deux la durée de la quarantaine précédente. L’effet de punition semble parfois indispensable dans une éducation.
À force de multiplier par deux la durée de la quarantaine, même une petite détention peut devenir très longue. Et si le temps d’incarcération devient «à perpétuité», peut-être aussi, faudrait-il accepter la demande d’euthanasie du prisonnier qui, sachant qu’il ne s’en tirera pas, demande de quitter la scène. Pour Hôdo, accepter l’euthanasie peut être une marque de respect de l’intelligence d’autrui, surtout quand celui-ci souffre même et surtout dans son esprit.
Dans une association hôdonne, il y aurait obligatoirement acceptation et respect des trois règles fondamentales dès l’instant où l’on se dit hôdon. Effectivement, pour préserver les réalisations collectives et écarter toute menace, il est souvent nécessaire de se plier sciemment aux règles édictées par des dirigeants responsables de garantir l’unité du groupe en favorisant un bien-être général et équitable. Cela ne concerne pas uniquement les notions sécuritaires: par exemple, les règles concernant les langages et d’autres types communications et de protocoles en font partie. Souvent, ces règles seront transmises au travers de l’éducation qui enseigne une certaine discipline et, donc, de l’obéissance.
Il semble que le consensus sur un très grand nombre de membres soit pratiquement impossible. En même temps, l’égalité de droit diminue toujours l’espace de liberté, et donc certains se rebellent pour agrandir leur domaine de liberté, c’est-à-dire leur domination. Or, ne dit-on pas que la liberté s’arrête là où commence celle d’autrui?
Et qui donc se chargerait de la mission de protéger les gens contre les agressions sous toutes les formes? Pas seulement celles qui viennent d’un gangster ou d’un guerrier ennemi, mais celle du voisin qui piétine votre liberté au nom de la sienne? Il est manifestement nécessaire d’envisager l’existence d’une force de l’ordre ou d’une armée, des entités composées de spécialistes. Ce n’est pas chaque individu qui possède les compétences nécessaires pour faire face à des situations de crise auxquelles il n’a pas été préparé. Ou alors il faudrait enseigner à tous, si possible, très tôt, la self-défense ou que chacun expérimente une activité dans un service civique! Mais cela aussi peut être considéré comme une atteinte à la liberté. Liberté et égalité sont difficiles, voire impossibles, à concilier à cent pour cent.
Aussi, pour pallier le problème du difficile équilibre entre liberté et égalité, la démocratie a été inventée comme un moindre mal à défaut de consensus. La soumission librement consentie8 à des règles de cohabitations reste incontournable, bien qu’elle soit délicate à mettre en œuvre.
Toutes ces réflexions conduisent à la nécessité d’avoir une catégorie de secouristes complètement oubliée : les psychothérapeutes. Chaque modérateur-médiateur doit entrer en relation avec des spécialistes.
Ces domaines sont des États, Empires, Royaumes, Républiques, Fédérations, Unions… Ils ont leurs avantages qu’il est difficile et surtout vain de réduire à zéro. Plus le nombre d’interactions est grand, plus chaque individu a des chances d’enrichir son bien-être par un confort qui devient réalisable en unissant les connaissances et les compétences du groupe. Mais partager implique de négocier. Et plus le domaine est grand, plus il est difficile de négocier de la même manière pour tous sans normes.
Le premier avantage des grandes associations est celui de la communication «normalisée». Communiquer ne se fait pas seulement au travers du langage et de l’écriture. La gestuelle, le comportement en général sont eux-mêmes porteurs de messages décodés différemment selon les niches environnementales des populations. Ce qui est anodin pour certains peut être obligatoire pour d’autres. Un geste non hostile, voire amical, pour l’un peut être traduit comme une menace agressive par l’autre. Aux comportements, on peut ajouter l’apparition de symboles, comme le vêtement, le tatouage, et, même, la monnaie.
C’est la recherche de synergie qui pousse les grands dominants au sommet de ces domaines à imposer un style de vie, qui, en priorité, leur convient. Pour assurer la pérennité de leur choix, ces états établissent la plupart du temps des systèmes d’enquêtes populaires (les élections) et la gestion de pyramides fonctionnelles souvent associées à des hiérarchies pyramidales de pouvoir. Cela s’explique parce que le consensus est de plus en plus difficile à atteindre avec l’augmentation des opinions. L’expérience montre que le consensus est presque impossible à atteindre lorsqu’il y a plus de huit intervenants.
C’est pour cette raison que, dans l’esprit Hôdo, les formes démocratiques actuelles n’ont pas de véritable sens. La preuve se voit dans les assemblées parlementaires qui passent plus d’énergie à clamer leur opposition qu’à trouver une solution innovante et gagnant-gagnant.
C’est aussi pour cette raison que l’esprit Hôdo préconise un consensus par petits éléments d’arborescences fonctionnelles, ce qui n’est pas et ne peut être une forme de hiérarchie au niveau social sous forme de «classes».
On pourrait croire que, dans l’esprit hôdon, un groupe mondial serait dénué de pertinence, car il pourrait ne pas se conformer à la seconde loi de Hôdo et ainsi ne pas permettre de quitter une structure inadaptée. Pourtant, peut-être serait-ce bien qu’en interne et pour l’exemple, les organismes internationaux, tels que l’ONU, adoptent les trois règles fondamentales de Hôdo.
Il serait captivant de mettre en avant une organisation internationale qui fonctionne par consensus, non seulement pour faciliter la coexistence harmonieuse sur notre planète grâce à la médiation, mais aussi pour préserver notre précieuse Terre. Il semble logique que des problèmes concernant la planète entière soient gérés pour et par tous, car la nature n’a pas les frontières des humains.
La notion de refuge de la deuxième loi de Hôdo imposerait que chaque humain dispose d’un territoire qui lui soit propre de sa naissance à sa mort. Et si ce territoire était plus qu’un simple toit sur la tête. Ne serait-ce pas merveilleux pour chacun, pour chaque communauté et pour la planète, de disposer de trois parts avec des droits et des devoirs respectifs:
L’univers fournit gratuitement son énergie à toutes les espèces vivantes. C’est cette énergie, «manne du ciel» ou «rétribution de Gaïa», qui nous permet de vivre. Or, «Hôdo» a en soi la notion de «terre de rétribution». Alors, le Projet Hôdo propose que cette énergie que nous recevons à chaque instant doive être attribuée sous forme monétaire à toute personne depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Cet organisme devrait être soutenu et contrôlé scientifiquement par cette ONU «hodonne».
Ainsi, chaque enfant recevrait cette «manne» qui devrait ne lui servir qu’à lui et non aux parents. Ceux-ci, d’ailleurs, recevraient leur «manne» comme tous les humains vivants de la planète. Chaque personne dans l’incapacité de faire fructifier pour quelque raison que ce soit ces biens acquis devrait pouvoir survivre décemment avec ce «don du ciel» sans avoir à recourir à des «dons de solidarités».
Les autres gratuités doivent être évitées, car elles sont trop souvent mal interprétées par les bénéficiaires qui les accueillent comme un dû sans reconnaissance ni respect pour la collectivité. Pourtant, ces formes d’assistanat sont aussi alimentées par le fruit de ceux qui ont travaillé parfois très durement et très longtemps pour améliorer leur sort et assurer leurs arrières en toute honnêteté et en tout indépendance.
En outre, il serait également judicieux de réévaluer entièrement la définition du travail, surtout dans un contexte où l’être humain cherche à réduire son effort tout en augmentant son rendement énergétique, à l’instar de tout être vivant. Le travail pourrait être aussi partagé en trois parts:
Il est important de se rappeler que le cerveau est semblable à une rivière: il a tendance à creuser son lit plutôt que d’en créer un autre, à moins que quelque chose ne l’y contraigne. Le lit de la rivière est la vérité du cerveau. Non seulement il lui est difficile de changer de vérité, mais, s’il a le choix, il suivra le courant qui renforce sa vérité déjà acquise. Il y a probablement au moins deux raisons pour ça: économie d’énergie et balance de plaisirs-désagréments accumulés. C’est à cause de ce processus que l’on s’enlise dans nos convictions et qui fait que l’on n’arrive pas à changer de cap, quelles que soient la nature et la grandeur du projet. Le fanatisme est présent partout dans notre cerveau, et les manipulateurs en usent, que ces derniers aient le visage d’un bien pensant ou d’un saint illuminé. Il n’y a qu’une différence d’intensité dans l’agressivité entre être borné ou être fanatique.
Ne jetons pas trop vite la pierre à autrui: nous sommes aussi tous manipulateurs, parfois bornés, voire fanatiques. Dès l’instant où le bébé comprend que ses pleurs et ses mimiques lui apportent quelque satisfaction, il découvre comment influencer l’autre. Comme nous sommes des êtres sociables, nous utilisons de nombreux messages pour attirer la sympathie des groupes qui détiennent des éléments de vérité qui correspondent à celle que l’on a déjà en soi.
Beaucoup de ces messages aussi sont des marques d’identification pour rester dans le groupe qui nous accueille. Parmi ces marques, il y a les codes du langage, le port d’insignes, d’uniforme… L’uniforme n’a pas nécessairement l’allure militaire. Il existe mille et une manières de marquer son appartenance à un clan, d’afficher sa séduction: costume strict, punk, métalleux, cosplay, voile, chemise dégrafée… Sans compter les aspects corporels, dont les plus visibles, comme la chevelure: coupe rasée, cheveux artistiquement en bataille, gominés, cachés…
Ces marques d’identification peuvent aisément devenir des signes d’allégeance, de soumission et finalement des uniformes guerriers pour combattre les autres clans. Car, encore une fois, le cerveau est cette rivière qui, en restant dans son lit, va se jeter aveuglément sur le rocher qui lui barre la route.
C’est pourquoi les deuxièmes et troisièmes lois de Hôdo consolident la première: comprendre toute forme d’intelligence nous conduit à une grande humilité et à une grande empathie, mais elle ne peut conduire à une soumission forcée.
Que faire dans ce cas pour vivre ensemble?
Le bâton et la carotte? Les lois de Hôdo ne proposent ni l’une ni l’autre, mais proposent de faire découvrir d’autres espaces de liberté et d’autres satisfactions, supérieures à celles déjà acquises. Le concept hôdon n’est pas de battre l’âne ni de le faire avancer en agitant devant lui une carotte alléchante. L’idéal hôdon consiste à retirer ses œillères et à lui faire découvrir l’étendue infinie qui l’entoure, en s’appuyant sur son intelligence et celle des autres pour donner naissance à l’humanité imaginative, innovante, créative.
Il faut, donc, en premier lieu, peut-être définir ce qu’est la liberté, sous un angle plus scientifique que philosophique.
La liberté est une notion abstraite qui pourrait se représenter par un ensemble d’éléments éligibles par l’individu «dominant» cet espace dit de liberté. Ces éléments peuvent être aussi bien physiques que psychiques. Chaque être vivant dispose d’un tel ensemble. Or, tout élément peut appartenir à plusieurs ensembles. Lorsque ces éléments ne sont pas partageables, il y a obligatoirement une «négociation» qui peut conduire aussi bien à la synergie gagnant-gagnant qu’à l’élimination pure et simple du détenteur de l’élément convoité. Évidemment, toutes les solutions intermédiaires, dont l’intimidation et la manipulation mentale, seront souvent mises en jeu pour arriver à ses fins.
Dans cet espace de liberté, il y a non seulement des choses tangibles, comme la nourriture, l’abri, les outils… mais il y a aussi ce que l’on appelle la liberté de pensée. Cette dernière transcende évidemment la liberté d’expression.
Il y a aussi des éléments de cet espace de liberté plus subtils, parfois à cheval entre les éléments matériels et psychiques. En effet, prenons l’exemple du bruit. Le son est bien «physique» et de surcroît porté par l’air partagé par l’émetteur et le récepteur. Or, dans ce cas, il peut y avoir conflit, non de possession de ressource unique, mais de partage inévitable, c’est-à-dire de perte de liberté d’élection et d’appropriation.
L’unicité des ressources non partageables est la principale source de désaccord qui fait que les humains se combattent entre eux et qui les pousse à dominer leur terrain de chasse et ceux qui y vivent. Paradoxalement, ce qui incite les humains à s’associer est la mise en commun de ressources non partageables pour réaliser un projet censé être plus profitable aux participants que s’ils étaient restés indépendants, chacun pour soi. Il faut noter que, dans le pire des cas, le bénéfice du plus faible et plus soumis peut se résumer à rester en vie un peu plus longtemps. Pour cela, des structures sociales établiront les règles de partage, qui seront respectées tant que la société les acceptera dans son ensemble. Sinon, il y aura une scission qui s’installera et qui pourrait dégénérer en conflit, voire aboutir en révolution. L’art de maintenir cette cohésion est la hantise de tous les dominants, qui n’hésiteront pas à réduire au silence toutes les oppositions.
Les moyens pour obtenir ce silence sont inépuisables. Les «effacements», assassinats ou bannissements, peuvent se réaliser de manière purement psychique aussi efficacement, sinon plus que physiquement. C’est même les méthodes mentales qui sont privilégiées par ceux qui ne veulent pas laisser de traces afin que leur «juste autorité» soit le moins possible remise en cause. Comment se révolter contre un généreux bienfaiteur?
La synergie impose dès le départ une communication fiable, donc stable, entre les membres du groupe.
Or, tout est message: les gestes, les sons, les aspects… L’une des caractéristiques de l’intelligence est l’imitation. Dès les premiers moments de la vie, un humain va imiter celui qui le rassure le plus et avec qui il doit rapidement communiquer ses besoins. Le langage maternel, ou initial, non seulement verbal, prend ainsi bien plus de valeur que tous les autres. De lui dépend instinctivement la survie. Ce mimétisme, qui ne s’arrêtera pas d’ailleurs, va instaurer toute une série de lois tacites de comportement. Pourtant, les modèles à imiter sont eux aussi imprégnés de lois établies à partir de religions ou de philosophies héritées. Ainsi, la langue et la religion ont une telle importance dans la structure interne et relationnelle d’un individu qu’il peut devenir aisément un cheval de bataille pour imposer son idéal.
Il est important de ne pas confondre les «réseaux sociaux» au sens des sciences humaines et sociales avec le terme courant contemporain désignant l’outil informatique permettant l’échange avec d’autres personnes via les médias sociaux. Ici, nous parlons essentiellement des liens que peuvent tisser entre eux individus ou organisations afin de créer de nouvelles associations.
La «règle de 150», aussi appelée «nombre de Dunbar», est le nombre de relations efficaces qu’il est possible d’entretenir, c’est la taille limite d’un réseau social pour chaque individu.
On peut constater que ce chiffre correspond à 16 cellules hôdonnes, c’est-à-dire un groupe de huit à dix personnes. Évidemment, ce n’est là qu’un modèle statistique et schématique à ne pas prendre comme une norme rigide ou une préparation pharmaceutique. En d’autres termes, cela démontre qu’un système démocratique perd sa véritable nature lorsque le nombre d’électeurs dépasse 22500 (150 fois 150), car la probabilité que chacun connaisse un élu ou un électeur devient pratiquement nulle.
Ce qui intéresse quiconque, c’est principalement son environnement immédiat. Quelle que soit sa position dans la pyramide organisationnelle, chacun ne voit que la sphère proche éclairée par ces 150 lanternes. Et même si l’on souhaite en connaître plus sur le monde extérieur, cela passera par de nombreux filtres, par de nombreux témoins diluant en toute bonne foi la qualité de la transmission de l’information. La notion d’organisation d’un grand nombre de personnes pose et posera toujours les mêmes questionnements.
Il semble que l’humain ait un rapport optimisé avec une huitaine de personnes simultanément dans une action commune. Cela serait entre autres dû à sa structure mentale qui fait qu’il est capable de gérer en parallèle statistiquement ce nombre de relations.
Selon certaines théories, pour enrichir les échanges lors de séances de remue-méninges, de résolution de conflits ou d’évaluation, une équipe de travail doit compter entre 8 et 15 membres. Deux personnes ne prennent pas part aux discussions, mais assurent leur bon déroulement (modérateurs, animateurs, évaluateurs, etc.). En effet, il semblerait que les discussions de travail avec des groupes trop peu importants soient aussi inefficaces que des groupes trop nombreux. Donc, soit il serait préférable de fusionner deux petits groupes, soit, en revanche, dès qu’un groupe aurait plus de 15 membres, il faudrait le scinder. Cela constituerait la cellule sociale idéale pour le Projet Hôdo.
Des analyses semblent montrer que le rendement cognitif de ces groupes est accru s’il y a au moins un tiers de femmes et un tiers d’hommes. Il semble aussi que les organisations sont plus efficaces si deux membres de ces équipes jouent un rôle privilégié: l’un étant le maître de remue-méninges favorisant l’éclosion d’idée et l’autre servant de modérateur. Ces deux rôles qui peuvent paraître semblables diffèrent principalement par leur relation: le premier doit en permanence s’effacer et le second doit souvent s’impliquer. Ces deux rôles peuvent devoir agir en tant que représentant de leur cellule avec les autres cellules de même type, interagissant ainsi avec les «pairs» des autres communautés.
Il semble aussi que l’humain s’enrichit plus, du moins intellectuellement, s’il appartient à plusieurs groupes distincts. Il serait donc profitable que chaque humain, qui n’a pas a priori vocation à être un ermite, interagisse avec d’autres cellules. Si une paire de cellules sociales se réunissaient, les représentants respectifs pourraient constituer à leur tour une «cellule idéale». En continuant sur cette voie, il est possible d’instaurer rapidement un système politique hybride combinant représentation et démocratie directe. Le cœur décisionnel serait constitué par une «cellule idéale» à chacun des échelons de la hiérarchie sociale. Cela créerait ainsi une sorte de confédération de confédérations en cascade, donnant le pouvoir de participation local à chaque individu, puis à chaque association, et ce, en respectant une présence féminine et masculine harmonieuse à tous les niveaux.
Et comment se fait-il que la différence puisse engendrer une sympathie ou une antipathie? Il y a peu d’études sur le sujet, mais on pourrait comparer la pensée à un flux. Lorsqu’une brèche s’ouvre, si la «pente» est favorable à l’individu, elle s’élargit pour laisser passer le courant, voire pour le rediriger. Au contraire, si la brèche est défavorable, non seulement le flux ne passera pas, mais la brèche se cicatrisera en offrant plus de résistance qu’avant.
Chacun croit à sa vérité, et, dans ce domaine, les susceptibilités sont grandes. Ainsi, souvent, trop souvent, le choc de comportement se transforme en «choc de cultures».
C’est pour ces dernières raisons que la présence de médiateurs est utile. Les qualités de modérateur ne sont pas données à tout le monde et même dans toutes les circonstances. Pour assurer l’esprit gagnant-gagnant, ou du moins non perdant, entre deux camps, il est souhaitable qu’il y ait un nombre identique de médiateurs appartenant à chaque niveau d’association, c’est-à-dire voisinages, villes, peuples…
Cette forme de hiérarchie s’écarterait donc fortement de la hiérarchie politique, car elle deviendrait «fonctionnelle» et dynamique à tous les degrés. Il est important de noter que cette catégorisation sociale ne serait pas chapeautée par un chef, mais représentée par une sorte d’ambassadeur médiateur et modérateur. Il n’y aurait pas de juge suprême non plus, mais il y aurait un nombre beaucoup plus important de «négociateurs» : médiateurs, modérateurs, psychologues, interprètes, avocats… Tout un tissu de «travailleurs» sociaux, ce qui nous manque peut-être le plus aujourd’hui pour progresser vers une humanité largement synergique.
Quant aux juges, comme aucun humain n’est à même d’être absolument impartial, même avec la meilleure volonté possible parce que nos esprits sont tous enfermés dans nos petites boîtes crâniennes, leur rôle serait à revoir complètement. Cela est d’autant plus vrai que, dans le système préconisé, il faudrait toujours respecter la parité pour représenter les unions de sous-ensembles. Or, un chef d’État est un homme seul qui juge seul même s’il est conseillé par une assemblée.
C’est pourquoi le Projet Hôdo préconise que les «chefs» soient des binômes. Même si un seul prend la parole, c’est le consensus du couple qui l’aura décidé.
Parler de couple évoque la notion de parité. Qu’en serait-il du point de vue hodon ?
Tout d’abord, peut-être vaudrait-il mieux parler d’équipartition. En effet, des analyses auraient évalué que l’intelligence collective d’un groupe est accrue s’il est composé au moins d’un tiers de femmes et d’un tiers d’hommes.
Cette règle a l’avantage d’être moins «rigide» que le 50/50%. Elle autorise des fluctuations imprévisibles, ne fût-ce que pour un groupe composé d’un nombre impair d’acteurs. Elle évite que l’on «force» l’obtention des 50 % en choisissant des acteurs qui servent surtout à atteindre un quota plutôt que de veiller à la qualité de la synergie du groupe. Avec cette méthode, on risque de reléguer au second plan les compétences, les goûts et les passions à partager en commun. C’est oublier l’«humanodiversité». Les humains sont soumis à des héritages génétiques, des équilibres hormonaux, à un cerveau moulé par l’environnement socioculturel… Ce ne sont pas des pions fabriqués en série à distribuer sur un échiquier.
La règle des deux tiers est donc privilégiée dans le Projet Hôdo.
Par conséquent, chaque sommet de pyramide doit être un binôme femme-homme. Cela s’applique à toutes les communautés, quelle que soit leur taille. Cela inclut les structures sociales et politiques, et celles qui ont pour mission de comprendre et de transmettre les connaissances en biologie, en neurosciences et en psychologie.
Comment peut-on comprendre, ou croire comprendre autrui, si le cerveau de chacun ne reçoit des informations qu’au travers d’un corps qui n’est pas construit de la même manière que celui du voisin? Le cerveau ne connaît au départ que le corps dans lequel il est hébergé. C’est toutes les sensations de ce dernier qu’il percevra pour interpréter l’environnement dans lequel il évolue. Certes, grâce au langage et au mimétisme, il trouvera des comparaisons entre ce qui est perçu chez l’autre et en lui. Mais encore faut-il que ces comparaisons soient possibles. Comment expliquer la lumière à une personne aveugle, certaines couleurs au daltonien? Comment partager la perception entre cerveaux avec des organes différents? Cette question est valable partout et, entre autres, entre la femme et l’homme. Comment comparer des perceptions ayant circulé au travers d’une chimie subtilement différente et d’organes construits autrement, voire complètement inexistants chez l’un et pas chez l’autre? Le respect de toute forme d’intelligence implique une très grande humilité, car il nous faut admettre que notre compréhension d’autrui sera toujours limitée.
La différence sexuelle créée par Dame Nature n’aurait pas persisté et ne se serait pas perfectionnée au cours des millénaires, si elle avait été «contre productive» dans l’œuvre de l’évolution. Cet antagonisme se retrouve dans le binôme femelle-mâle du monde animal et végétal. On pourrait même dire que l’un utilise la force de répulsion et l’autre, celle d’attraction, ces deux forces étant omniprésentes dans l’Univers entier.
Mais que d’erreurs encore répandues sur les compétences de chacun! Par exemple, combien de fois peut-on entendre que l’homme est plus fort que la femme? Ce n’est pas plus de force que le mâle possède, c’est plus de puissance au sens physicien du terme, c’est-à-dire la capacité à brûler une plus grande quantité d’énergie en moins de temps. C’est comme l’avion de chasse qui vient protéger le bombardier ou le transporteur de troupe. Il faut beaucoup de force pour transporter loin de lourdes charges précieuses, et le chasseur, lui, se fatigue très vite en fonçant le plus vite possible pour éliminer le danger et dégager la route. Ce dernier peut prendre la fuite ou contre-attaquer en brûlant toute l’énergie indispensable à l’avion-transporteur qui doit continuer sa longue route avec son précieux chargement. Et l’orgueilleux humain qui a pourtant posé les pieds sur la Lune n’arrive toujours pas à créer l’avion porteur lourd qui sera agile comme un chasseur.
À côté de cette méconnaissance, il y a aussi l’oubli que nous ne sommes pas des pièces moulées sur un modèle définitivement figé. Nous sommes un organisme constitué d’un nombre considérable de minuscules êtres vivants, qui ne sont même pas sexués, eux. Ces êtres, les cellules de notre corps ont des choix disponibles dans leur évolution, pourtant elles obéissent à des règles qui permettent d’avoir des organes spécialisés. Certains de ces organes gèrent le système nerveux, et l’un d’eux est le cerveau. Suivre des lois biophysiques strictes et s’adapter à l’environnement va construire notre personne autour d’un modèle statistiquement représentatif, mais pouvant avoir comme dans toute répartition statistique des variances plus ou moins importantes.
Dans cette structure complexe, le hasard est toujours présent, et jamais un modèle ne sera figé.
Les comportements tourneront toujours autour de plusieurs moyennes, une par type de spécificité. Aussi, il est vain, voire malsain, de confiner les êtres dans des moules rigides. C’est tuer la créativité de la Nature. Sur certains aspects, le mâle pourrait être féminin, et vice versa. Mais sur combien d’autres aspects, sans doute bien plus nombreux et pas de moindre importance, la femme et l’homme seront-ils statistiquement tout simplement humains?
Autant on peut comprendre les peurs et les simplifications du cerveau, autant il faut dépasser ses craintes instinctives et prendre du recul par rapport aux vérités gravées dans le subconscient. Notre cerveau a été fabriqué pour aller de l’avant, mais pour aller de l’avant, il faut être vivant et en bonne santé. Alors, notre cerveau se laisse parfois submerger par les alertes aux dangers. Si, une fois au cours de notre vie, une personne avec tel type de nez nous a fait du mal, il est logique de rester sur ses gardes à la prochaine alerte. Mais rester sur ses gardes n’implique pas de fermer définitivement la porte, car une petite poignée d’expériences ne peuvent à elles seules s’ériger en loi.
La peur est compréhensible, mais le manque de respect envers autrui, lorsqu’on perçoit chez lui des traits physiques ou des attitudes, contrevient à la première loi de Hôdo. Cette loi devrait primer sur tous les autres principes. Aucun aspect physique ou comportement neurologique ne doit être moqué, méprisé ou banni… Tous les aspects ne sont que des uniformes que l’on porte sur l’âme qui nous anime. Ce sont les uniformes que Dame Nature a jugé bon de nous attribuer et que Dame Hasard vient parfois perturber pour une raison qui nous échappe la plupart du temps. Selon cette première loi de Hôdo, il n’y a même pas de discriminations positives possibles, car nous sommes tous des tabernacles d’intelligence avec notre lot de souffrances et de talents.
À l’opposé de la peur, une jalousie peut s’installer et essayer de s’approprier certaines qualités de l’autre ou de les noircir pour ne valider que les siennes.
Rendre uniforme toute l’espèce humaine est aussi du point de vue hôdon, un non-respect, voire un rejet de la biodiversité humaine que nous avons baptisé «humanodiversité». La vie ne sera jamais uniforme. C’est un souhait éventuel pour une dictature qui ne veut voir qu’une seule tête quand tous les sujets sont alignés devant elle. C’est bien plus facile à dominer quand il n’y a qu’une seule pensée.
Les vêtements peuvent avoir plusieurs fonctions. Le climat impose souvent une protection adéquate contre l’excès de froid, d’humidité, d’insolation… Les différents types d’activité aussi ont leurs uniformes, comme les sportifs. Les tenues professionnelles et hygiéniques sont venues enrichir la panoplie de costumes : tabliers, salopettes, cache-poussière… autant de tenues utilitaires qui permettent de reconnaître des clans professionnels.
L’habit ne fait pas le moine? Certes, mais il ouvre ou ferme a priori des portes… Ces utilités, d’imitations commodes en habitudes de groupe, deviennent des règles sociales, par exemple en marque de pudeur, car l’une des premières lois communes à toutes les sociétés est celle de se protéger des autres. Le vêtement devient alors une marque de frontière entre l’intime et le public, le privé et le commun. Et malgré tout, l’imagination est toujours à l’affût de découvertes. En jouant sur le déshabillé, voire le «déshabillable», un vêtement censé atténuer l’attrait sexuel devient au contraire érotique.
L’uniforme est un symbole important dans toutes les associations. C’est un signe de reconnaissance et de ralliement. Pour en parfaire la signification, il se voit agrémenté de décorations diverses: qu’il s’agisse des tartans des clans écossais, des peintures des tribus, des gallons qui distinguent les hiérarchies… Les groupes représentés ainsi peuvent être ethniques, religieux, militaires, autoritaires (police, justice…), professionnels (le commercial, le chercheur, le secouriste, l’artiste…), amicaux (scouts…), sportifs…
Le contexte transforme la valeur d’un vêtement qui est une composante fortement soumise aux traditions locales et temporelles, fugitives ou stables pendant de très longues périodes ou encore artificiellement rénovées pour créer des modes commerciales. L’aspect visuel et facilement adaptable du vêtement en fait aussi un uniforme de contestation. Le blouson noir, le punk, les métalleux, et bien d’autres, du sympathique « cosplay » au terrifiant « skinhead », ont utilisé et utilisent encore leurs tenues pour exprimer leur désaccord plus ou moins profond, plus ou moins violent, avec le reste de la société. Les pantalons dans la Révolution française font partie de ces tenues méprisées, qui devinrent un symbole avant de devenir une tenue des plus courantes. Même un vêtement dédié à la sécurité personnelle comme le gilet jaune peut devenir une bannière. L’absence, voire le refus de porter certains vêtements, fait partie de la prise d’uniforme. Ainsi, il était honteux en France d’être une femme «en cheveux» alors qu’aujourd’hui être coiffé d’un chapeau ou d’un foulard n’est plus une obligation, loin de là.
Ainsi, il est fréquent de constater que ce qui est ou était normal pour les uns, est ou devient anormal, voire conflictuel, pour d’autres. Un voile religieux aussi pacifique que la robe d’un moine zen peut prendre l’allure inquiétante de tenues de sectes guerrières. C’est que l’uniforme qui n’est pas un camouflage est fait pour être reconnu de loin, bien avant de reconnaître l’être qui le porte. Il sert de moyen visuel d’«identification ami ou ennemi».
Il faut aussi compter parmi les « uniformes » que les gens utilisent, de manière discrète ou agressive, pour montrer leur appartenance à un groupe, les tatouages, le maquillage, les bijoux et la coupe de cheveux. Ce groupe peut être une tribu, une caste, une classe sociale ou une équipe sportive. L’humain a toujours besoin de montrer qu’il appartient à un groupe pour que ses membres l’accueillent comme un «frère», et que ceux des autres groupes le respectent, voire que les ennemis le redoutent.
L’humain, à l’instar de tout animal, même inconsciemment, est toujours sur le qui-vive pour défendre son territoire et protéger ses ressources. À cause de cela, il est capable d’imaginer le comportement d’un inconnu à partir du sien, puisque chacun a la même structure mentale. Pour cette raison, il peut avoir des difficultés à accepter un étranger, surtout lorsqu’il croit discerner dans sa manière de s’habiller un uniforme hostile de dissidents ou de conquérant. Cette hypersensibilité à toute impression d’hostilité se renforce quand son histoire contient déjà des exemples précis et douloureux. C’est pourquoi, avant de pouvoir partager sa propre culture, il est toujours sage de suivre le conseil « À Rome, fais comme les Romains ». Sinon, comment donner, si déjà au départ on refuse l’échange dans un sens?
Il ne faut pas oublier une règle générale des êtres vivants: pour profiter de la vie, il faut être vivant. Cela fait que le cerveau déclenche plus aisément des alarmes de menaces que de signaux de plaisirs.
Aux uniformes portés volontairement et parfois arborés fièrement, il faut ajouter les «aspects» visuels que l’on hérite soit génétiquement soit culturellement dans les premières années de la vie.
L’une des principales tâches du cerveau est de catégoriser son savoir pour rapidement et efficacement l’exploiter. Pour cela, il utilise des abréviations mentales composées de quelques éléments de description, comme les trois premières lettres d’un mot dans un lexique. La simplification du cerveau est telle qu’il peut réduire une expression de joie à une émoticône de deux ou trois signes. Ce travail de catalogage va se réaliser sur tout ce qui « saute aux yeux ». Cela inclut l’aspect donné par la morphologie sexuelle, la couleur de la peau, celle des cheveux, les tailles, la forme de telle ou telle partie du corps, l’accent du pays…
Il faut oser et savoir faire tomber le voile qui cache les méandres de nos instincts et de nos pensées qui transforment le moindre bout de tissu en étendard… Il ne faut pas avoir peur de découvrir nos comportements de base pour mieux comprendre les malaises qui sont engendrés dans nos cerveaux et pour rechercher plus sagement des synergies plutôt que des dominations écrasantes.
Simultanément, le cerveau va prioriser la qualité des expériences vécues associées: positives, négatives, neutre ou indéterminée. Ce mécanisme conduit immanquablement à certaines alertes xénophobes lorsqu’il y a absence d’amitié. Ces craintes ne sont pas nécessairement haineuses, mais, hélas, de toute manière plus ou moins pénalisantes, voire offensantes, pour ceux qui en sont victimes.
Heureusement, le comportement, lui, peut se remodeler par l’éducation: celle du respect de toute forme d’intelligence, et le support de cette intelligence, en l’occurrence le corps et le cerveau formaté dès la naissance. Souvent, cette même éducation devra enseigner qu’il est vain d’être fier de ce que l’on est et néfaste d’en avoir honte. En effet, personne n’a choisi de naître tel qu’il est et là où il vit le jour.
Pour grandir ensemble, il est indispensable de croire que chacun est par ce qu’il apporte à l’humanité. Il ne faut pas se fier à ce qu’il est à la naissance, voire à ce qu’il est devenu par le hasard de la vie. Il est indispensable de ne jamais rejeter l’autre pour ce qu’il est, même si ce qu’il fait est contestable dans certains points de vue.
L’éducation apporte plus qu’un enseignement d’un comportement communément admis au sein d’une société. Elle peut enrichir la classification du cerveau. C'est un peu comme si elle apprenait au cerveau que le dictionnaire ne se résume pas à l’ordre alphabétique de la première lettre de «Ah, Bon…, Zut!», mais à une suite de lettres qui enrichissent et affinent ainsi le savoir. C’est comme le visage qui n’est pas une émoticône de trois traits, mais un ensemble de muscles qui le façonnent et trahissent souvent l’âme sous-jacente.
Il n’y a pas que l’apparence qui «catégorise» à première vue un humain. Son comportement, ses gestes, son langage… le trahissent quand ce n’est pas volontairement qu’il veut se démarquer.
Ainsi, pour les salutations, par exemple, le non-respect des coutumes locales peut être considéré comme marque d’hostilité, même si celui qui l’a fait croyait exécuter un signe de paix. Au contraire, le choix d’une salutation adéquate peut indiquer l’appartenance à une certaine classe sociale. Enfin, certains saluts peuvent servir à indiquer l’appartenance éventuellement secrète à un clan, une secte…
En règle générale, toute la courtoisie indique l’appartenance à un clan, et pas seulement les salutations. Les codes peuvent énormément varier d’une tradition culturelle à l’autre. Ce qui est «positif» pour l’un peut être «négatif» chez l’autre. Par exemple, regarder quelqu’un dans les yeux en saluant peut être considéré comme de l’arrogance pour l’un, et, en même temps, ne pas regarder peut être ressenti par l’autre comme de la fourberie. Quant aux poignées de main, que d’impairs possibles. Faut-il tendre la main gauche ou la droite, faut-il chaleureusement secouer les mains, se contenter de les prendre fermement, ou de les effleurer, voire refuser le contact et ne saluer qu’à distance…?
Tant de cultures ont développé leurs codes de conduite, l’ont assimilé parfois pendant des générations… Or, les codes comportementaux, la «culture» ou la tradition sont souvent édictés par la géologie du territoire des premiers clans dominants. Ces codes obéissent à des besoins de survie, probablement souvent plus en faveur de ces clans dominants, mais surtout sont au départ des paris, l’art de l’intelligence humaine d’extrapoler. Il en découle que ses choix sont souvent «hasardeux», tout comme les messages mutants tissés dans l’ADN. Au cours du temps, ne survivent que les règles qui ont réussi à s’adapter et à donner l’impression d’une amélioration. Encore une fois, là aussi, le respect de toute forme d’intelligence…
En pensant à l’importance que prend la culture dans chaque cerveau, peut-être alors que la meilleure règle pour s’inviter quelque part est d’essayer visiblement de commencer par respecter les coutumes de l’hôte. Ce dernier, dans ce cas, se montrera en général plus accueillant, et donc plus ouvert et enclin à découvrir d’autres horizons de pensées. Et, puisque l’effort serait volontairement visible, les maladresses et malentendus seraient mieux acceptés.
Nous sommes rentrés dans une ère où les frontières nationales s’estompent grâce principalement aux échanges informatiques. C’est une grande chose, pourtant, l’internet est né de besoin guerrier sous les auspices du DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Aujourd’hui, le réseau sert une autre forme de guerre: propagandes, désinformations, indiscrétions, embrigadement… Il faut agir pour que cet outil merveilleux ne soit pas monopolisé pour propager la haine et inciter à la violence. Les pionniers hôdons sur la Toile pourraient s’efforcer d’y semer les fleurs de la synergie constructive plutôt que de parsemer les fruits de la discorde.
D’autre part, la naissance de l’IA peut être un avantage. En effet, si l’IA est créée uniquement dans un but d’acquisition de savoir, sans manipulation statistique attribuant des importances à tel ou tel acquis, et si elle est dépourvue d’émotivité, elle peut être très utile. Elle peut l’être lors de la recherche de consensus difficiles.
Du point de vue hôdon, la vie en société, et même certains aspects d’hygiène et de santé personnelle, passe par l’éducation. Il ne faut pas que la scolarisation devienne uniquement l’antichambre d’un enseignement professionnel en reléguant l’apprentissage qui a pour but d’enrichir l’être et d’améliorer les rapports avec la nature et la société. Et, comme il s’agit de deux choses distinctes, quoique toutes les deux utiles, et il serait peut-être sage de bien séparer.
On peut demander certains niveaux d’expertise à un professionnel. Cependant, l’art de vivre ne devrait pas être soumis à cette course. Le but n’est pas d’exceller dans un domaine précis, mais d’être bien dans sa peau et sa tête au sein d’une communauté harmonieuse. Dans cette communauté, le respect de toute forme d’intelligence serait la loi primordiale.
Il ne faut pas que l’école serve à séparer des «élites» qui n’ont rien à voir avec l’«expertise», mais seulement à privilégier certaines classes sociales. Il ne faut pas non plus que l’éducation bascule dans une sorte de garderie où l’enfant et le jeune adulte n’apprennent même plus à se découvrir, se dépasser et vivre en synergie avec autrui.
Puisque l’école serait un lieu où l’on apprend à vivre et à grandir ensemble en prenant soin des autres et de la planète et en se sentant à l’aise, serein, voire heureux, dans cet univers. Il faudrait en faire un lieu de vie sept jours sur sept pour les enfants et adolescents, une sorte de fusion entre l’école traditionnelle et le scoutisme. Cela implique l’existence en son sein de deux groupes d’enseignants, chacun ayant un rôle distinct :
L’enseignement des connaissances de base serait proche de celui réalisé aujourd’hui, avec au moins ces deux piliers fondamentaux :
En plus de ces deux connaissances fondamentales, il est utile d’apprendre aussi les bases de la physique pour former l’esprit d’observation et de déduction expérimentale. Il faut pour cela éviter de tout ramener trop vite aux mathématiques, qui sont un outil spécialisé pour aider le physicien à valider ses théories, mais qui ne remplacent pas l’étude des phénomènes, de leurs causes et conséquences.
On doit enseigner la notion de l’incertitude de la mesure, car la vérité n’est jamais absolue, et la science est aussi une école d’humilité. Les jeunes enfants peuvent faire de petits exercices de mesure de surface, de poids… pour comprendre cette notion.
Évidemment, l’étude de la nature inclut la géologie, la biologie, l’écologie… Et dans l’étude de la biologie, il peut être intéressant de montrer combien Dame Nature a privilégié les différences sexuelles même à l’intérieur d’un calice floral. Chaque être humain, comme chaque être vivant, a un rôle à jouer sans honte ni orgueil. Quant à l’écologie, c’est une science aussi sérieuse que la biologie et non une idéologie politicienne.
Pour répondre aux exigences émergentes de la société en constante évolution, il peut être nécessaire de revoir l’enseignement de la synergie dans la vie en commun. Cela imposerait des cours en « présenciel » sans accès à la Toile pour compenser l’omniprésence incontrôlée des cyberréseaux sociaux. Ensuite, il faudra passer obligatoirement par la connaissance et l’acceptation de soi afin d’être capable de respecter la différence chez autrui. Il faut savoir être ni fier ni honteux de ce que l’on est et, à partir de cet état de fait, construire avec les autres. Il peut être bon de s’inspirer des méthodes du scoutisme et de ne pas impliquer les enseignants des connaissances de base, afin de les laisser maîtres de leur domaine sans se disperser. On pourrait, par exemple, proposer que les élèves de cette école portent un uniforme. Les jeunes aiment souvent porter l’uniforme de leur idéal. Cet uniforme ne serait pas obligatoirement très visible, car l’un des buts, oubliés, de l’uniforme scolaire était de ne pas créer de différence sociale entre les écoliers. Il n’y aurait pas de différences entre les pauvres et les riches, les parents de certains milieux humbles dans tous les sens du terme par rapport à d’autres plus aisés ou plus snobs.
Mieux ! Cela participerait à une meilleure répartition dans l’esprit de Hôdo de la distribution des ressources. Puisque l’école est obligatoire et «gratuite», il semble logique que l’aide financière de l’état ne s’adressant qu’à certaines catégories sociales, soit remplacée par un autre système. Pour tous, et de manière strictement identique, les fournitures scolaires, cartable, uniforme, etc., seraient vendues ou données UNIQUEMENT par l’école à la place de toute aide financière. Ces produits pourraient être le fruit de coopératives de produits les plus locaux possibles. Toujours dans l’optique de la synergie, on apprendrait la discipline de groupe, non comme un «carcan», mais comme un moyen de grandir ensemble. La compréhension psychologique de la discipline doit être considérée comme outil d’autoperfectionnement. C’est aussi une école de l’apprentissage de la sécurité de soi et d’autrui. Certains de ces entraînements pourraient conduire à l’apprentissage du Code de la route à l’usage des piétons et des usagers des deux roues. Cela pourrait aussi donner des formations régulièrement répétées de secourisme et de comportement en cas d’incendie et autres accidents requérant une grande maîtrise de soi. On pourrait aussi en profiter pour enseigner un art martial dont le but n’est pas de se battre, mais de garder son sang-froid dans des contextes agressifs. Cela permet de non seulement pouvoir se défendre, mais aussi protéger des plus faibles ou des victimes. Il est sûr que si nombre de femmes, et même nombre d’hommes timides, savaient parer à une gifle, beaucoup de rapports crispés gagneraient en sérénité. Dans une société où la femme est de plus en plus menacée, cela semble devenir de plus en plus indispensable. L’idéal dans ce type de situation semble être dans l’apprentissage des techniques, telles que l’aïkido, qui peuvent bien maîtriser l’adversaire jusqu’à l’arrivée des services de sécurité.
L’apprentissage de la santé, de l’hygiène, du sport, ainsi que celui des arts musicaux, graphiques, théâtraux, etc., pourrait être enseigné par l’un des deux types d’enseignement.
Une monnaie universelle aurait pour étalon l’énergie pure mesurée, par exemple par le joule. Cette monnaie aurait trois avantages:
Maîtriser le gâchis «écologique»
Ne pas être soumis aux monopoles économiques
Assurer à tous les citoyens de la Terre le même revenu pour tout travail effectué, dont le minimum: rester en vie, c’est à dire la «rétribution de Gaïa».
Puisque cela implique un système d’étalonnage indépendant de toute spéculation, entre pays et groupes de nations, ce système serait sous le contrôle d’un organisme mondial, tel que le Bureau international des poids et mesures (BIPM).
Lorsque les mesures furent étalonnées, il y eut, paraît-il, un rejet des commerçants. Utiliser des poids, des longueurs, des volumes «normalisés» les laissait perplexes. On peut imaginer qu’il en sera de même avec la monnaie qui, pourtant, fut à son origine «étalonnée». L’or a souvent servi d’étalon, car la monnaie était en quelque sorte un troc facilement transportable. L’or n’est d’ailleurs pas le seul étalon. Par exemple, dans la province du Shaba (Katanga) dans la République Démocratique du Congo, la «croisette» était aussi une monnaie «normalisée», mais sur le cuivre.
La monnaie ne représentait pas des unités physiques comme le kilo, le litre, le mètre, la coudée, la seconde… En effet, le troc introduisait en même temps que les objets physiques ou virtuels échangés des notions «d’effort» d’obtention de ces objets. Par exemple, la rareté engendre la fameuse loi de «l’offre et de la demande», loi qui ne s’accommode pas de «normes». Même l’or qui sert d’étalon peut être soumis à cette loi, ce qui, évidemment, pénaliserait les terres qui en sont dépourvues.
Pourtant, tout est énergie et tout travail obéit aux lois de la thermodynamique. Normaliser au moins cet aspect semble imparable si l’on veut plus de justice et de maîtrise écologique. En effet, l’énergie est déjà en soi la «monnaie» de l’Univers.
Quels seraient les avantages d’une telle monnaie étalonnée sur l’énergie?
Maîtriser l’énergie de bout en bout devrait être un «idéal» écologique. En effet, maîtriser la consommation d’énergie lors de la production de bien-être vitale ou non permettrait d’éviter aux moins deux problèmes de notre société de «consumation». Cela permettrait de contrôler d’une part l’exploitation des ressources difficilement renouvelables, et d’autre part, la production de déchet de combustion tel que l’excès de CO2.
On ne peut vivre pour la consommation alimentée par et pour la production, cela a un coût énergétique que personne ne relève et qui a un effet auto-alimentation difficilement contrôlable. C’est là qu’est la dépense de la planète. Il faut donc apprendre à fabriquer pour durer, ce qui est diamétralement opposé à l’esprit actuel de la consommation.
L’intérêt d’une monnaie basée sur la notion d’énergie est qu’elle est propice à représenter le véritable travail fourni lors de la production de biens (de «consommation» ou non).
La fabrication d’un objet est une succession de travaux ayant un prix énergétique: extraction de matières premières, affinage, alliage, mises en forme… jusqu’à son usage final. Et ensuite, le recyclage procède presque de la même manière, sauf que cette fois, le «minerai» n’est pas extrait du sol, mais récupéré des «déchets». Il faut noter que la notion de recyclage occulte souvent le fait qu’il y a malgré tout consommation d’énergie pour récupérer ce qui peut être réutilisé. Ce détail ne doit pas être passé sous silence comme s’il s’agissait d’un mensonge par omission pour «rassurer» les âmes candides quant à leur comportement écologique.
Dans tous les cas, il faut tenir compte de la dépense énergétique de tous les transports, de tous les stockages, et ne pas oublier d’additionner toutes les activités humaines dédiées à chacune de ces actions.
Le rendement au sens de la physique serait indirectement récompensé. En effet, toute créativité permettant de produire à moindre coût énergétique serait automatiquement répercutée par une monnaie-énergie. Un tel système inciterait à réduire les dépenses de production et à produire plus à moindre coût. Il ne faut pas confondre ce rendement au sens de la physique avec celui du travail, qui a une notion de productivité dans le temps. D’ailleurs, ce rendement «industriel» s’apparenterait plus à un calcul de puissance, toujours au sens de la physique, c’est-à-dire de travailler plus vite. Dans quel but? Produire plus pour consommer plus?
S’il existait un système écologique non dicté par une idéologie, mais résultant de l’observation des lois de l’univers, le slogan « travailler plus pour gagner plus de pouvoir d’achat » devrait disparaître. En effet, ce slogan devrait devenir «travailler mieux pour dépenser moins».
En revanche, il faut toujours tenir compte d’une notion incalculable par l’énergie seule, et introduire une nouvelle notion de «négociation». Cette notion ferait intervenir des qualités difficilement représentables par la seule énergie déjà dépensée ou échangée. En effet, l’art qui résiste à l’usure du temps, qui apporte des conforts à l’âme, économisera de l’énergie dans le futur. Et le chercheur, même fondamental, apportera peut-être des solutions géniales pour mieux utiliser l’énergie dans un futur peut-être lointain. La qualité manuelle ou intellectuelle continuera à avoir son prix et ceux qui la développent mériteront plus que jamais une récompense, même si elle n’est pas physiquement mesurable.
Les coûts des différentes phases d’un produit, sa création, son perfectionnement, sa maintenance, son recyclage, etc., devraient être aussi mesurés avec précision. Cela permettrait d’évaluer l’intérêt à choisir certaines orientations plus sages, qui pourraient même conduire à l’abandon d’un projet qui s’avérerait plus coûteux que la création d’un nouveau.
La maintenance est trop souvent oubliée au moment de l’acquisition d’un bien. Tous les objets vieillissent d’une manière ou d’une autre, par la rouille, la décomposition…
Il n’y aurait pas ainsi de vogues «écologiques» pouvant se développer autour de concepts omettant certaines «dépenses». Il faudrait considérer le recyclage des matériaux sous un jour différent et ne pas ignorer les coûts de production et de stockage de l’électricité lorsqu’on met l’accent sur son caractère prétendument écologique.
Inclus dans le cycle de vie et souvent ignorée, il y a le stockage. En effet, tout ce qui doit être conservé pendant un certain temps requiert très souvent de l’énergie. Certains de ces produits, comme les denrées alimentaires, requièrent même parfois de très basses températures… et donc, encore une fois, énergie, énergie, énergie… Sans oublier qu’il est souvent nécessaire aussi de conserver de l’énergie en réserve aisément accessible.
On parle souvent du prix de la rareté de certains matériaux. Il est toujours spéculatif et pourtant, lui aussi peut être quantifié de manière rigoureusement scientifique, même au niveau de sa structure nucléaire. Plus un noyau a coûté énergétiquement cher pour exister, plus il est rare.
Quant aux réactions physico-chimiques qui ont conduit à l’existence de certains éléments simples (atomes) ou complexes (molécules…), cela aussi peut être mesurable.
Quant à la vie en soi, elle peut aussi être mesurée avec rigueur. On pourrait aussi utiliser une méthode analogue, biologique, pour mesurer le prix des produits agricoles. Ainsi, un animal se nourrissant de végétaux est une chaîne de transformation énergétique.
Ces valeurs intrinsèques pourraient déterminer le coût écologique des matières premières et des ressources agricoles, sylvicoles, piscatoires… Ces valeurs ne seraient pas reversées à un quelconque propriétaire. Elle devrait l’être à un fonds commun planétaire permettant de gérer le renouvellement des ressources.
Dans un tel raisonnement, personne ne serait donc propriétaire d’un quelconque sous-sol ni d’ailleurs d’un être vivant, et a fortiori humain. Seul mérite salaire le travail pour gérer ses différentes ressources: richesses minières, aquatiques, sols cultivés ou non, cheptel, animaux domestiques, associés, salariés ou non…
Dans la gestion de la planète, intervient aussi la notion d’abri défini dans la seconde Loi de Hôdo, indispensable pour tout être vivant. Il s’en suit que l’entretien d’un espace sécurisé pour se reposer, s’approvisionner ou travailler a aussi un coût énergétique, donc redevable.
En tout premier lieu, une monnaie basée sur l’énergie aurait l’avantage de la neutralité géopolitique. En effet, l’énergie est pareille et identiquement mesurée sur toute la planète, indépendamment des populations qui occupent un territoire et de leurs alliances économiques.
L’énergie comme étalon monétaire permettrait de ne plus soumettre des populations à des dévaluations imposées par des puissances détentrices de «leur étalon» monétaire. Ce type de dévaluation devrait être considérée comme un acte ségrégationniste, car, derrière, se cache la dépréciation du travail humain des régions concernées. C’est d’autant plus grave que l’on sait combien le «salaire» est une marque de reconnaissance. Or, voir son pouvoir d’achat diminuer correspond à une sanction, d’autant plus injuste qu’elle est décidée par des puissants qui décident de la valeur à attribuer à une monnaie locale et indirectement à des humains.
Cela permettrait aussi de ne pas rétribuer différemment les humains selon leur région, autorisant, par exemple, de faire travailler des salariés à prix réduit ou de surpayer du personnel en mission dans ce type de pays.
L’humain, comme tout être vivant, est du point de vue purement de la physique, une «machine» qui travaille en transformant les énergies au sein desquelles il est plongé.
Or, vivre implique déjà en soi un travail.
L’humain dépend de nombreux facteurs: société lui assurant sa survie en respectant un protocole à la fois hérité et adaptable permettant d’échanger idées et objets avec efficacité et sécurité; biologie résultant de millénaires de spécialisation au sein d’un écosystème aujourd’hui si non fragilisé, du moins perturbé. Dans tous les cas, la vie sous toutes ses formes et avec toutes ses manifestations n’existe que parce qu’elle gère des échanges énergétiques.
Dans tous les cas de figure, la «machine» humaine consomme de l’énergie. L’intelligence d’être vivant consistera à trouver de l’énergie consommable, pour maintenir son existence et la prolonger. Mais cette intelligence de la vie ira plus loin en cherchant à améliorer le rendement de l’acquisition et de l’emploi des ressources.
Par extension, tout «commerce» de l’homme avec son environnement, et donc l’humanité elle-même, est énergétique. Une monnaie permettant de mesurer cet échange sur une base énergétique pourrait au moins, par exemple, assurer le «minimum vital» que requiert son existence. Si un salaire minimum, une assistance de secours, une pension de retraite doivent exister, ils devraient au moins représenter le métabolisme minimum de l’humain. Par métabolisme minimum, nous entendons le métabolisme de base auquel s’ajouteraient ceux qui s’imposent pour un minimum d’activité sociale et sécuritaire. Si notre société ne permet plus de profiter spontanément des dons de la nature (énergie, abri), il peut paraître logique que la «société» compense cette perte individuelle, dont elle-même a bénéficié. En effet, par exemple, si la société a construit des espaces de pierre pour les besoins de l’ensemble de ses membres à la place d’espaces agricoles, de cueillette, de chasse…, il faudrait compenser cette perte. Il en est de même, si cela empêche de construire soi-même son abri à partir des éléments locaux. Dans chacun des derniers cas cités, c’est une juste réattribution des dons de l’Univers qui, en fin de compte, se mesure toujours en énergie.
Encore une fois, cette mesure, même si elle peut dépendre des climats et autres facteurs géologiques, serait indépendante de la géopolitique proprement dite.
Le métabolisme d’un bébé pygmée ou celui d’un vieillard inuit ne dépend d’aucune considération financière, géopolitique, voire ségrégationniste.
En utilisant la notion d’énergie comme valeur de base dans nos échanges, nous pouvons alors paraphraser dès lors la fameuse phrase «à travail égal, salaire égal» en «à énergies consommées égales, rétributions égales».
Ainsi, le métabolisme serait la base idéale pour mesurer le revenu minimum et salarial d’un individu. Mais cela ne doit pas s’arrêter là, car la gestion d’une économie basée sur l’énergie devrait mener à reconsidérer le prix du travail réalisé par toute la chaîne de production. Le travail qui consiste à transformer ou déplacer quelque chose pour obtenir autre chose est très souvent le résultat de toute une chaîne de travaux individuels. Or, chaque membre de la chaîne en question doit être rétribué. Il s’en suit que le prix final d’un objet inclura cette accumulation de dépense d’énergie.
Pour mieux comprendre cette gestion, voici une illustration de ce modèle.
Un paysan produit du blé. Pour simplifier le raisonnement de l’exemple, on omet qu’il a fallu au préalable avoir des semences, travailler la terre, fabriquer des moulins… Mais ici, nous nous contentons de «cueillir» le blé à la main. Il y aurait alors deux lots d’énergies pour représenter le travail de l’agriculteur: l’énergie du blé en soi et celle du récolteur. Mais ce blé n’est pas exploitable directement. Il faut le transporter au moulin, ce qui va ajouter deux paires de lots d’énergie. Sans rentrer dans les détails, il y aura d’une part le travail du transporteur et, d’autre part l’énergie du moyen de transport, puis le travail du meunier et celui du moulin. Ce blé devra être transformé pour être propre à la consommation, d’où deux autres paires de lots: le travail transporteur suivant et l’énergie du moyen de transport, puis le travail du boulanger et l’énergie du four. On peut même imaginer que ce pain va être vendu en grande surface, d’où une nouvelle collection de paires d’énergies: transporteur-transport, magasinier-stockage… La personne qui viendra acheter ce pain devra payer au prorata les différentes énergies consommées. Là aussi, il y a deux lots: d’un côté, l’énergie de tous travailleurs, et, de l’autre, celles des machines qui se sont usées, des carburants brûlés, de la terre qui s’est appauvrie…
Le premier lot devra rétribuer le travail humain et le second assurer la maintenance des machines dont la plus importante de toutes: la Terre. Ce dernier lot serait géré par une sorte de Banque Écologique Mondiale.
Avec cette petite illustration, on veut montrer la notion de paires de dépenses: celles effectuées par l’humain, et celles engendrées par l’utilisation d’outils et d’autres êtres vivants. Ces derniers requièrent soins et alimentation, c’est-à-dire de nouveaux apports d’énergies, même en tant que matière inerte.
Ainsi, si le producteur a dépensé 20 joules d’énergie personnelle et 20 joules d’énergie non personnelle (autres hommes, machines, matières premières…), le consommateur devra lui payer 40 joules. En fin de transaction, le consommateur aura perdu 40 joules et le producteur n’aura reçu que 20 joules.
Cela aura pour conséquence que plus les dépenses seront élevées, plus l’acquéreur se tournera vers un système plus économique, donc avec un meilleur rendement. Un travailleur qui produirait un produit plus cher à qualités égales par manque d’optimisation se verrait pénalisé comme dans les systèmes actuels de concurrence, mais cette fois-ci, énergétiquement mesuré.
On voit ici le grand écart avec nos systèmes actuels de rémunération. Il n’y a pas d’enrichissement possible par le travail en soi! En effet, cette rétribution ne correspond qu’à la perte d’énergie du travailleur. Il faudra donc trouver autre chose pour, par exemple, récompenser la qualité d’un travail, éventuellement purement intellectuel. Sinon, il y aurait même un risque d’appauvrissement de celui qui ne dépend que du travail physique des autres, sans apporter de valeur ajoutée. On serait donc, en résumé, devant une sorte de salaire minimum dynamique et universel assurant la vie d’un humain.
Il faut préciser et insister sur le fait que cet exemple ne sert qu’à montrer les flux d’énergie du producteur au consommateur qui se décomposent systématiquement en deux parts. Malgré les omissions faites pour faciliter la démonstration de l’implication d’une telle économie basée sur l’énergie, on peut se rendre compte qu’elle ne serait jamais juste à 100%. En effet, il faudra sans cesse par la suite des réajustements pour tenir compte de tel ou tel flux d’énergie oublié ou mal évalué dans les mesures précédentes. Mais, surtout, il reste en réalité une troisième part qui échappe, du moins actuellement, aux mesures physiques de l’énergie.
Cette troisième part comprendrait les gains d’énergie conséquents d’une créativité, d’une qualité artisanale ou d’une main-d’œuvre professionnelle, de la gestion d’équipes, et même des risques encourus et parfois subis, etc.
Dans l’esprit de ménager les efforts, le besoin d’économiser s’impose comme une solution incontournable. Et, qui dit «économie», implique presque toujours «capital».
La principale vertu du capital est précisément de faire des réserves pour les coups durs. C’est le cactus qui stocke l’eau pour résister aux sécheresses, il en est de même pour le chameau, le randonneur qui prend sa gourde… Mais évidemment, il y a toujours ceux qui pillent les étals pour se faire des réserves inutiles, quitte à priver les autres… Ce n’est pas un argument pour bannir la notion de capital.
Au contraire, peut-être serait-il aussi temps de changer complètement la vision du crédit et de repenser à l’utilité de l’épargne et de ce que cela implique. En effet, aucun système physique ou biologique ne vit à crédit. Et jusqu’à présent, aucun physicien n’a démontré que l’on pouvait créer de l’énergie. Pour produire un travail, il faut puiser l’énergie dans des ressources disponibles.
Le capital est incontournable en physique, c’est l’énergie potentielle.
Cette énergie est présente partout, et elle l’est aussi en biologie. Or, l’emprunt n’existe pas en biologie: un être vivant ne peut jamais consommer plus que ce qu’il a, sinon, il meurt. Il faut donc épargner et mettre en réserve des aliments ou matériaux pour plus tard.
Mais, l’épargne n’est pas gratuite en soi. D’où la recherche de moyens de stockage adapté. Certains s’orienteront vers des ressources fiables et inaltérables dans le temps, comme l’or, ne demandant pratiquement pas d’énergie de maintenance. Mais l’or n’est pas rapidement exploitable pour n’importe quel travail qui dans la majeure partie du temps doit se réaliser dans un délai relativement court. En biologie, le stockage se fait sous forme d’éléments facilement exploitables, généralement sous la forme de glucides, éventuellement dans des «organes de réserve» appropriés. Mais au-delà, il faut souvent maintenir des structures externes, à commencer par les abris contre des prédateurs ou pour supporter les intempéries. Il faudra aussi très souvent gérer des réserves alimentaires pour éviter de se fatiguer à dépenser trop d’énergie ou risquer de ne plus avoir de renouvellement automatique… Tout cela impose des réparations, de la maintenance.
Nous sommes toujours soumis dans la flèche du temps à l’entropie génératrice de désordre.
Cette situation va créer un phénomène de rétroaction sur le capital: plus il y a de capital, plus les dépenses pour le conserver vont s’accroître.
Le capitalisme «hypertrophié» est peut-être une maladie psychique, une sorte de dépendance par peur de manquer aux moindres bienfaits que le capital déjà acquit a permis de réaliser tant de «rêves». C’est peut-être plus une maladie de gourmandise ou une forme de boulimie qu’une sorte de rapacité prédatrice. C’est peut-être tout compte fait une manifestation de la volonté de domination qui sommeille en chacun de nous.
Quoi qu’il en soit, ce capital n’est pas que le mal personnifié et n’est pas nécessairement un trésor réservé exclusivement à un individu avare ou un clan autarcique. À l’instar de la reine chez les insectes sociaux, il n’est pas rare que le capitaliste alimente souvent une «colonie» plus ou moins importante. Certes, on peut lui reprocher sans doute de ne pas assister d’autres fourmilières ou d’exploiter des insectes ouvriers.
Le capital peut grossir souvent par la chance, mais tout aussi grâce à plusieurs formes de courage, comme la persévérance, l’audace, etc. Alors, faut-il répartir cette «chance» pour aider ceux qui n’en ont pas? Faut-il déshabiller Pierre pour habiller Paul? Ce type de répartition n’apporterait probablement aucun résultat bénéfique. En effet, il y aurait à peu près 3 milliards de personnes recensées comme pauvres, qui, la plupart du temps, n’ont même pas accès à de l’eau salubre. Même si la personne la plus riche au monde a une fortune de plus de 300 milliards de dollars, cela ne représenterait que 100 dollars donnés à ces pauvres. Et encore, donné en une seule et unique fois, car le milliardaire en question n’aurait plus rien.
Si l’on veut tendre la main à tous ceux qui sont en difficulté, il vaut mieux distribuer un revenu universel à l’abri de toute spéculation, même si certains se contentent de s’endormir dessus. Et si l’on perd tout d’un coup? L’individu sera rapidement naturellement renfloué, car cette manne est permanente et indépendante de toute spéculation financière. De plus, avec une monnaie mesurant vraiment l’énergie, le perdant ne se retrouvera sûrement pas endetté. Seulement, il n’aurait plus rien pour dépenser et ne pourrait troquer que son travail. Pourtant, là, un capital de secours peut être indispensable à maintenir. Un tel capital de prévoyance en cas de situation d’urgence devrait être collectif et ajusté selon les besoins par une contribution collective. Cette imposition ne devrait servir qu’à maintenir les structures partagées par des communautés, et non à maintenir une fausse redistribution qui est en réalité purement politique.
La notion d’aides de solidarité pourrait être aussi à revoir sous la lumière de la monnaie-énergie.
En effet, au lieu de se perdre en calculs complexes qui peuvent être malgré tout injustes, car incapable de prendre en compte tous les cas particuliers, il serait préférable de donner à chaque humain une sorte de droit à la vie depuis la naissance jusqu’à la mort. De l’énergie, nous en recevons à chaque instant notre part donnée essentiellement, directement ou indirectement, par le Soleil et la gravitation, et cela bien avant la notion de monnaie et de finance, à l’instar de tous les êtres vivants et de toute l’humanité qui a précédé nos «grandes» civilisations, sans omettre celles du commerce, du grand capital et de la course à la consommation. Il est évident que cela ne fera pas disparaître les besoins d’assistance, car personne n’est à l’abri d’incident grave, mais cela améliorerait les flux d’échanges tellement opacifiés par l’absence de mesures fiables adaptées à chaque besoin.
Dans la foulée, un revenu universel, manne du ciel, devrait pouvoir faire disparaître toutes les notions d’aide récurrente, puisque tout le monde les recevrait. Ce serait une sorte de «don» à la vie depuis la naissance jusqu’à la mort, planétaire et identique, pour tous. Un «don» et non un «droit», car nous n’avons aucun droit sur l’Univers.
Cette manne du ciel serait bienvenue en milieu urbain, compensant l’absence de nature pour se nourrir et s’abriter par soi-même ou presque, car l’humain a besoin au moins d’une petite communauté pour survivre. Dans notre monde moderne, cela contribuerait, par exemple, d'office aux études à partir de la maternelle jusqu'aux divers perfectionnements professionnels; cela assurerait un salaire minimum jamais soumis aux fluctuations de l'économie et du marché; cela assurerait la vie des personnes âgées qui n’ont plus assez de ressources internes pour travailler.
La manne de Gaïa pourrait aussi payer la personne au foyer pour porter l’enfant à venir en toute sérénité, protéger sa venue dans notre monde, le nourrir et lui donner les premiers enseignements qui feront de lui un être humain? Pourquoi ces talents ont-ils été relégués dans les oubliettes?
Et si tout le monde reçoit une «manne du ciel», est-ce que cela ne serait pas propice à la paresse?
Tout d’abord, il faut s’entendre sur la notion de «paresse», qui peut être une maladie, une forme d’abus, ou une marque d’intelligence…
Normalement, toute malade mériterait cette manne, car l’énergie solaire ou gravitationnelle ne fait aucune discrimination sur l’état de santé physique ou psychique des bénéficiaires.
Certes, la paresse n’est pas qu’une «maladie». L’intelligence de la vie pousse à inventer les solutions qui permettent de se fatiguer le moins possible, tout en récoltant au moins autant de bénéfices. C’est pourquoi on crée des machines ou exploite d’autres êtres vivants. Il y a donc une tendance naturelle, saine et logique à vouloir paresser.
Le problème peut surgir ailleurs. Il est relationnel. Le cas extrême serait lorsqu’un conflit survient entre des individus qui ont l’impression d’être indûment privés des résultats de leurs efforts et ceux qui semblent ne rien donner en retour pour ce qu’ils reçoivent.
Cette manne éviterait l’assistanat offert par une société pour que quelqu’un sorte d’une difficulté quand elle est provisoire ou survive décemment quand elle est définitive. Mais il arrive que cette assistance n’ait pas les bienfaits psychologiques attendus. Pire, la personne assistée peut assimiler cette aide à un dû sans ressentir la moindre reconnaissance ni le moindre besoin à reprendre un rôle actif dans la société qui l’aide. Ce type de paresse ne serait plus supportée par la société, mais permise par l’énergie universelle sans frustrer qui que ce soit.
Et puisque l’on parle d’une manne du ciel, pourquoi ne pas suggérer aussi la manne de la Terre? La Terre n’appartient en soi à personne. C’est ce qu’on y fait qui gagne de la valeur en fonction de l’énergie qu’on y a consacrée. Une terre agraire ne gagne de valeur que par le travail de l’agriculteur, les ressources minières ne gagnent que parce qu’elles ont été extraites… L’espace physique n’a de valeur que parce qu’il est protégé d’une manière ou d’une autre contre les intempéries ou contre les invasions de toute espèce. Peut-être qu’un jour, on pourrait considérer la Terre comme étant équitablement partageable, de la naissance à la mort. Chacun aura droit à un lopin, un autre sera réservé pour la vie en communauté, et un troisième restera intouchable, au service de la Terre elle-même. Serait-ce l’occasion de découvrir une nouvelle forme de synergie? Puisque tout le monde serait en «sécurité minimum», il pourrait contribuer «bénévolement» aux œuvres et services communs: santé, éducation, recherche, sécurité, transport… Si l’humain a besoin de repos et de sérénité, il a souvent besoin d’agir, ne fût-ce que pour le plaisir personnel de se savoir utile à sa communauté.