Monod ira jusqu’à dire que la liberté humaine n’existe pas et que nous sommes gouvernés uniquement par le hasard et la nécessité.
En même temps, ce concept est en contradiction apparente avec l’ordre qui règne dans l’univers.
Hubert Reeves parle alors de hasard bridé, découlant de l’apparition de l’ADN dans l’univers :
«En fait, l’ADN, qui est à l’origine des cellules vivantes, marque le début d’une forme de maîtrise de l’incertain : ce que l’on pouvait nommer hasard auparavant a laissé la place à une autre conception qui englobe la responsabilité, la conscience et l’évolution.
L’être humain acquiert un certain état de conscience : sa propre nature obéit à l’expression de sa volonté.
Cette maîtrise s’appelle, en fait, adaptation.
Ainsi, la non-existence du hasard résulte de la parfaite alchimie entre la liberté, la conscience, l’évolution et l’adaptation.
De ce fait, ne pas exercer l’un de ces quatre concepts engendre la notion d’incohérence (plutôt que de hasard) manifestée par l’incertitude, le manque de confiance, le manque de connaissance de soi-même et de ses capacités.
À l’inverse, la maîtrise caractériserait un pseudo-hasard originel qui aurait développé une intelligence capable de le limiter. En effet, s’il y a intelligence, il y a capacité d’adaptation donc contrôle de l’incertitude.»
Ces trois briques montrent combien le «hasard» est présent dans tout l’univers. Certes, ce n’est pas toujours le hasard de la roulette, mais aussi l’impossibilité de deviner l’avenir et de savoir ce qui a été perçu à un moment donné, que l’on ne peut pas rejouer, car le passé est passé.
Lorsqu’un grand nombre d’événements ou objets interagissent entre eux, il en découle une certaine homogénéisation de l’information.
Par exemple, les molécules d’un corps ont en moyenne la même température que celle du corps.
Le sable s’écoulant par un petit orifice crée un tas en forme de « cloche » comme celle de l’image.
On peut penser que les caractéristiques humaines se concentrent aussi en forme de cloche. Il existe probablement ce type de répartition pour chaque caractéristique, aussi bien aux niveaux les plus bas, comme la répartition des neurones attribués à certaines tâches, qu’aux niveaux plus complexes, comme les comportements associés au sexe de l’individu, voire acquis du milieu, tels que l’éducation socioprofessionnelle ou l’assimilation des traditions environnementales.
La masse moyenne apparaît comme une référence inertielle exactement comme en physique. Mais l’esprit dominant s’accommode mal de cette moyenne abusivement assimilée à la médiocrité. Même les enseignants militant activement dans le socialisme prônent une certaine forme d’élitisme, oubliant que chacun a son talent qui ne demande qu’à s’exprimer et à être reconnu. Mais, dans notre société prévue pour la domination, des valeurs sont attribuées à ces talents pour maintenir les dominations en place allant à l’encontre de la Première loi de la Charte de Hôdo: le devoir du respect de toute forme d’intelligence.
Dans toute répartition en «cloche», il y a autour de la masse moyenne les extrémités. Vantées dans certains cas, elles sont décriées dans d’autres comme «extrémistes», donc prétendument dangereuses pour la «masse» (à protéger pour en conserver les avantages). En réalité, ces «tendances (tentations tendancieuses !)» sont surtout dangereuses pour les dominants qui craignent une fuite de dominés. Les dominants imaginent souvent de raboter la ou les extrémités d’une manière ou d’une autre. Le résultat est le même que si l’on balaie les extrémités du tas de sable : elle se reforme en reprenant globalement la même allure de cloche avec de nouveaux extrêmes, mais en plus petit… en moins «démocrate», et surtout en moins hôdon.
Pour éviter cela, on peut imaginer une solution qui ressemblerait à celle de faire écouler le sable dans un cylindre. Appliquer à l’humanité cette méthode s’appelle le prêt-à-penser politiquement correct, toujours en opposition avec le concept hôdon.
Tant que l’extrémisme n’entraîne pas de terrorisme ou de pression de pensée, il ne devrait s’agir que d’un fait inéluctable qui peut être vu comme le «thermomètre», voire la peau d’une société. Quant à la fuite des «dominés», qui sont des électeurs fidèles et inconditionnels, il faudrait peut-être la voir autrement. En effet, si la dune se déplace vers la droite (ou l’inverse), c’est peut-être parce que le vent souffle trop fort à gauche (ou l’inverse).
Il semble que l’humain soit ballotté d’un bout à l’autre de la répartition aléatoire des goûts et des comportements… Les modes prennent souvent naissance dans l’originalité et ce qui n’était qu’une extravagance devient une mode que toute une population suit. Ainsi est l’humain, ambigu, tantôt pionnier, tantôt grégaire. Il peut se laisser enfermer dans des prêts-à-penser afin d’être bien vu par le plus possible de partenaires potentiels ou s’efforcer à quitter le confort de sa niche culturelle pour démarquer son territoire.
Dans le monde de l’informatique, un phénomène tout à fait analogue existe et peut laisser à méditer. On y retrouve les deux tendances. Tous les logiciels qui veulent être ouverts à un maximum d’acteurs respectent le plus possible les normes informatiques non propriétaires (Posix, W3C, PNG…). Au contraire, tous les producteurs qui veulent «enfermer» leur création dans une bulle restrictive, par protectionnisme, voire pour se créer un espace de monopole, ne respectent pas de normes ou en altèrent volontairement la conformité.
Dichotomies